CUSTOMS [and DEATH]
of
BR. LAWRENCE
 

Les mœurs du frère Laurent

 

 

 

 

 

 

I AM writing what I have heard and seen myself concerning the customs of Brother Lawrence, a Discalced Carmelite, who died in the Paris convent about two years ago, and whose memory is blessed.

J’écris ce que j’ai entendu et vu par moi-même des moeurs du frère Laurent, Carme déchaussé, qui est mort dans le couvent de Paris depuis environ deux ans, et dont la mémoire est en bénédiction.

A person who preferred to end his life in the lowest place in the house of God rather than maintain a high rank among sinners, who preferred the reproach of Jesus Christ to the vain pomp and delights of Egypt, desired that I share with souls disillusioned with the love of this present age what I knew I had gathered from the sentiments of Brother Lawrence. I gladly obey; and although an Eulogy and Letters have already been published, I judged that one could not too often revisit what we have preserved of this holy man.

Une personne qui a mieux aimé achever de vivre dans la dernière place de la maison de Dieu que de conserver un grand rang parmi les pécheurs, qui a préféré l’opprobre de Jésus-Christ au vain faste et aux délices de l’Égypte, a désiré que je fisse part aux âmes détrompées de l’amour du siècle présent, de ce qu’elle savait que j’avais ramassé des sentiments du frère Laurent. J’obéis avec plaisir; et quoiqu’on ait déjà donné au public un Éloge et des Lettres, j’ai jugé que l’on ne pouvait trop reprendre ce que nous avions conservé de ce saint homme’.

I believed it would be useful to show in his person an excellent model of solid piety, at a time when almost everyone places virtue where it is not, and takes false paths to reach it.

J’ai cru qu’il serait utile de faire voir en sa personne un excellent modèle d’une piété solide, dans un temps oit presque tout le monde met la vertu où elle n’est pas, et prend de fausses routes pour y arriver.

It will be Brother Lawrence himself who speaks; I will give you even his own words from the conversations I had with him, which I wrote down as soon as I left him. No one portrays the saints better than they themselves. The Confessions and Letters of Saint Augustine paint a much more natural portrait than anything else that could be said about him; thus, nothing will better reveal the servant of God whose virtues I have to present to you than what he himself said in the simplicity of his heart.

Ce sera le frère Laurent qui parlera lui-même; je vous donnerai jusqu’à ses propres paroles dans les entretiens que j’ai eus avec lui, que j’écrivais aussitôt que je l’avais quitté. Personne ne peint mieux les saints qu’eux-mêmes. Les Confessions et les Lettres de saint Augustin en font un portrait bien plus naturel que tout ce que l’on pourrait en dire d’ailleurs; ainsi rien ne fera mieux connaître le serviteur de Dieu dont j’ai à vous proposer les vertus, que ce qu’il a dit lui-même dans la simplicité de son coeur.

 

 

Brother Lawrence’s virtue did not make him withdrawn; he had an open manner that inspired confidence and immediately made one feel that one could reveal everything to him and that one had found a friend. For his part, when he knew those with whom he was dealing, he spoke freely and showed great kindness. What he said was simple, yet always true and full of meaning. Beneath a rough exterior, one discovered a singular wisdom, a freedom beyond the ordinary reach of a poor lay brother, an insight that surpassed all expectations.

La vertu du frère Laurent ne le rendait point sauvage ; il avait un accueil ouvert qui donnait de la confiance, et faisait sentir d’abord qu’on pouvait lui tout découvrir et qu’on avait trouvé un ami. De son côté, quand il connaissait ceux à qui il avait à faire, il parlait avec liberté et montrait une grande bonté. Ce qu’il disait était simple, mais toujours juste et rempli de sens. Au travers d’un extérieur grossier, on découvrait une sagesse singulière, une liberté au-dessus de la portée ordinaire d’un pauvre frère convers, une pénétration qui passait tout ce que l’on en attendait.

While begging for alms, he displayed a mind capable of handling great affairs and one that could be consulted on anything. Such was the outward appearance of Brother Lawrence.

En demandant l’aumône, il faisait voir une tête propre à conduire les grandes affaires et que l’on pouvait consulter sur tout. Tel était ce qui paraissait de l’extérieur du frère Laurent.

He himself described his inner disposition and conduct in the conversations I am giving you. His conversion began, as you will find noted there, with a profound understanding he conceived of the power and wisdom of God, which he carefully cultivated by faithfully banishing all other thoughts.

Il a dépeint lui-même ses dispositions et sa conduite intérieure dans les entretiens que je vous donne. Sa conversion commença, comme vous l’y trouverez marqué, par une haute idée qu’il conçut de la puissance et de la sagesse de Dieu, qu’il cultiva soigneusement par une grande fidélité à chasser toute autre pensée.

Since this initial knowledge of God was subsequently the principle of all of Brother Lawrence’s perfection, it is appropriate to dwell on it for a moment to consider his conduct. Faith was the only light he used, not only to know God in the beginning, but he never afterwards wished to use anything but faith to instruct himself and to guide himself in all the ways of God. He told me several times that everything he heard others say, everything he found in books, everything he himself wrote seemed insipid to him compared to what faith revealed to him of the greatness of God and Jesus Christ. “He alone,” he said, “is capable of making himself known as He is; we seek in reasoning and in the sciences, as in a poor copy, what we neglect to see in an excellent original. God himself paints himself in the depths of our soul, and we do not want to see Him there; we abandon Him for trifles and disdain to converse with our King who is always present within us.” “It is not enough,” Brother Lawrence continued, “to love God and to know Him through what books tell us about Him, or what we feel in our soul, through some small impressions of devotion, or through some light; we must enliven our faith and, through it, rise above all our feelings to adore God and Jesus Christ in all their divine perfections, as they are in themselves; this path of faith is the spirit of the Church, and it is sufficient to attain a high degree of perfection.”

Comme cette première connaissance de Dieu a été dans la suite le principe de toute la perfection du frère Laurent, il est à propos de s’y arrêter un peu pour y considérer sa conduite. La foi fut la seule lumière dont il se servit, non seulement pour connaître Dieu dans ce commencement, mais il n’a jamais voulu depuis employer que la foi pour s’instruire et pour se conduire dans toutes les voies de Dieu. Il m’a dit plusieurs fois que tout ce qu’il entendait dire aux autres, tout ce qu’il trouvait dans les livres, tout ce qu’il écrivait lui-même lui paraissait fade en comparaison de ce que la foi lui découvrait des grandeurs de Dieu et de Jésus-Christ. « Lui seul est, disait-il, capable de se faire connaître tel qu’il est; nous cherchons dans le raisonnement et dans les sciences comme dans une mauvaise copie ce que nous négligeons de voir dans un excellent original. Dieu lui-même se peint au fond de notre âme, et nous ne voulons pas l’y voir; nous le quittons pour des badineries et dédaignons de nous entretenir avec notre Roi qui est toujours présent en nous. C’est trop peu, continue le frère Laurent, d’aimer Dieu et de le connaître par ce que nous en disent les livres, ou ce que nous en sentons dans notre âme, par quelques petites impressions de dévotion, ou par quelque lumière; il faut vivifier notre foi et nous élever par son moyen au-delà de tous nos sentiments pour adorer Dieu et Jésus-Christ dans toutes leurs divines perfections, tels qu’ils sont en eux-mêmes ; cette voie de foi est l’esprit de l’Église et elle suffit pour arriver à une haute perfection. »

Not only did he contemplate God present by faith in his soul, but in everything he saw, in everything that happened, he first rose, passing from the creature to the Creator. A tree that he saw dry in winter suddenly made him ascend to God and inspired in him such a sublime knowledge that it was still as strong and vivid in his soul forty years later as when he first received it. He acted in this way on all occasions, using visible things only to arrive at the invisible.

Non seulement il contemplait Dieu présent par la foi dans son âme, mais dans tout ce qu’il voyait, dans tout ce qui arrivait, il s’élevait d’abord, en passant de la créature au Créateur. Un arbre qu’il vit sec en hiver le fit tout d’un coup remonter jusques à Dieu et lui en inspira une si sublime connaissance qu’elle était encore aussi forte et aussi vive en son âme après quarante ans que lorsqu’il la reçut. Ainsi en usait-il en toutes occasions, ne se servant des choses visibles que pour arriver aux invisibles.

For the same reason, in the few books he read, he preferred the Holy Gospel to all other books, because he found in it a way to nourish his faith more simply and purely in the very words of Jesus Christ.

Par la même raison, il préférait dans le peu de lectures qu’il faisait, le saint Évangile à tous les autres livres, parce qu’il y trouvait à nourrir plus simplement et plus purement sa foi dans les propres paroles de Jésus-Christ.

It was by faithfully cultivating in his heart this sublime presence of God, perceived through faith, that Brother Lawrence began his spiritual journey. He maintained this connection through continuous acts of adoration, love, and invocation of Our Lord’s help in everything he did; he thanked Him after completing his tasks, and asked for forgiveness for his shortcomings, confessing them, as he said, without arguing with God; and since these acts were thus linked to his daily occupations and provided the material for them, he performed them with greater ease, and far from distracting him from his work, they helped him to do it well.

Ce fut par la fidélité à cultiver dans son coeur cette haute présence de Dieu, considéré par la foi, que commença le frère Laurent il s’entretenait par des actes continuels d’adoration, d’amour, d’invocation du secours de Notre-Seigneur dans ce qu’il avait à faire; il le remerciait après l’avoir fait, il lui demandait pardon de ses négligences en les avouant, comme il disait, sans plaider avec Dieu ; et comme ces actes étaient ainsi liés à ses occupations et qu’elles lui en fournissaient la matière, il les faisait avec plus de facilité et, bien loin de le détourner de son ouvrage, ils l’aidaient à le bien faire.

He confessed, however, that it had been difficult at first, that there had been considerable periods when he had forgotten his spiritual practice, but that after humbly confessing his fault, he resumed it without difficulty.

Il confesse pourtant qu’il y avait eu de la peine d’abord, qu’il avait été des temps considérables sans se souvenir de son exercice, mais qu’après avoir humblement avoué sa faute, il le reprenait sans trouble.

Sometimes, a multitude of extravagant thoughts violently took the place of God in his mind, and he simply contented himself with gently dismissing them to return to his usual communion. Finally, his faithfulness deserved to be rewarded with a continuous awareness of God. His various and numerous acts were transformed into a simple vision, an enlightened love, an uninterrupted joy. “The time of action is no different,” he said, “from the time of prayer; I possess God as peacefully in the hustle and bustle of my kitchen, where sometimes several people ask me for different things at the same time, as if I were kneeling before the Blessed Sacrament. My faith itself sometimes becomes so enlightened that I think I have lost it; it seems to me that the curtain of darkness has been drawn, that the endless and cloudless day of the afterlife is beginning to appear.” This is where our good brother was led by the faithfulness he had shown in rejecting all other thoughts in order to engage in continuous communion with God; And he had made it so familiar to himself in the end that he said it was almost impossible for him to turn away from it to occupy himself with anything else.

Quelquefois, une foule de pensées extravagantes prenait avec violence la place de son Dieu, et il se contentait de les écarter doucement pour revenir à son entretien ordinaire. Enfin, sa fidélité mérita d’être récompensée d’un souvenir continuel de Dieu. Ses actes différents et multipliés furent changés en une vue simple, en un amour éclairé, en une jouissance sans interruption. « Le temps de l’action n’est point différent, disait-il, de celui de l’oraison; je possède Dieu aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j’étais à genoux devant le Saint-Sacrement. Ma foi même devient quelquefois si éclairée que je crois l’avoir perdue ; il me semble que le rideau de l’obscurité est tiré, que le jour sans fin et sans nuage de l’autre vie commence à paraître. » C’est où avait conduit notre bon frère la fidélité qu’il avait eue à rejeter toute autre pensée pour vaquer à un entretien continuel avec Dieu ; et il se l’était rendu à la fin si familier, qu’il disait qu’il lui était comme impossible de s’en détourner, pour s’occuper d’autre chose.

You will find in his conversations an important remark on this subject, when he says that this presence of God must be maintained more by the heart and by love than by the understanding and discourse. “In the way of God,” he says, “thoughts count for little, love does everything.”

Vous trouverez dans ses entretiens une remarque importante sur ce sujet, lorsqu’il dit que cette présence de Dieu doit être entretenue plutôt par le coeur et par l’amour que par l’entendement et le discours. « Dans la voit de Dieu, les pensées, dit-il, sont comptées pour peu, l’amour fait tout. »

“And it is not necessary,” he continues, “to have great things to do (I am describing a lay brother in the kitchen, allow me to use his own expressions), I turn my little omelet in the pan for the love of God; when it is finished, if I have nothing else to do, I prostrate myself on the ground and adore my God from whom I received the grace to do it, after which I get up more content than a king. When I can do nothing else, it is enough for me to have picked up a straw from the ground for the love of God.”

« Et il n’est pas nécessaire, continue-t-il, d’avoir de grandes choses à faire (je vous dépeins un frère convers dans la cuisine, permettez-moi ses propres expressions), je retourne ma petite omelette dans la poêle pour l’amour de Dieu; quand elle est achevée, si je n’ai rien à faire, je me prosterne par terre et adore mon Dieu de qui m’est venue la grâce de la faire, après quoi je me relève plus content qu’un roi. Quand je ne puis autre chose, c’est assez pour moi d’avoir levé une paille de terre pour l’amour de Dieu. »

“People seek methods,” he continues, “to learn to love God; they want to arrive at it through I don’t know how many different practices; they go to a great deal of trouble to remain in the presence of God by a multitude of means; isn’t it much shorter and much more direct to do everything for the love of God, to use all the works of one’s state to show it to Him and to maintain His presence within us through this communion of our heart with Him? There is no need for subtlety, one only has to go about it simply and straightforwardly.” I religiously preserve his ordinary expressions.

« On cherche des méthodes, continue-t-il, pour apprendre à aimer Dieu; on y veut arriver par je ne sais combien de pratiques différentes ; on se donne beaucoup de peine pour demeurer en la présence de Dieu par quantité de moyens; n’est-il pas bien plus court et bien plus droit de tout faire pour l’amour de Dieu, de se servir de toutes les oeuvres de son état pour le lui marquer et d’entretenir sa présence en nous par ce commerce de notre coeur avec lui ? Il n’y faut point de finesses, il n’y a qu’à y aller bonnement et simplement. » Je conserve avec religion ses expressions ordinaires.

However, one must not be persuaded that it is enough to love God to offer Him one’s works, to invoke His help, and to perform acts of His love. Our brother only arrived at the perfection of love through these things because from the beginning he had been very careful to do nothing that could displease God; that he had renounced everything but God, and that he had completely forgotten himself.

II ne faut pourtant pas se persuader qu’il suffise pour aimer Dieu de lui offrir ses oeuvres, d’invoquer son secours et de produire des actes de son amour. Notre frère n’est arrivé par ces choses à la perfection de l’amour que parce qu’il avait été dès le commencement fort attentif à ne rien faire qui pût déplaire à Dieu; qu’il avait renoncé à toute autre chose qu’à lui, et qu’il s’était entièrement oublié lui-même.

“Since my entry into the religious life (these are his words), I no longer think about virtue or my salvation. After having given myself entirely to God, in satisfaction for my sins, and having renounced for His love everything that is not Him, I believed that I had nothing more to do for the rest of my days than to live as if there were only God and myself in the world.”

« Depuis mon entrée dans la Religion (ce sont ses paroles), je ne pense plus à la vertu ni à mon salut. Après m’être donné tout à Dieu, en satisfaction de mes péchés, et avoir renoncé pour son amour à tout ce qui n’est pas lui, j’ai cru n’avoir plus rien à faire le reste de mes jours que. de vivre comme s’il n’y avait plus que Dieu et moi au monde. »

This is how Brother Lawrence began with what is most perfect, by giving up everything for God and doing everything for the love of Him; he had completely forgotten himself; he no longer thought of Paradise or Hell, nor of his past sins nor those he committed, after he had asked God for forgiveness. He did not dwell on his confessions; he entered into perfect peace when he had confessed his faults to God, and he knew how to do nothing else; after which he abandoned himself to God, as he said, for life and for death, for time and eternity.

C’est ainsi que le frère Laurent a commencé par ce qu’il y a de plus parfait, en quittant tout pour Dieu et en faisant tout pour l’amour de lui; il s’était entièrement oublié lui-même; il ne pensait plus ni à Paradis ni à Enfer, ni à ses péchés passés ni à ceux qu’il commettait, après qu’il en avait demandé pardon à Dieu. Il ne faisait point de retour sur ses confessions ; il entrait dans une parfaite paix quand il avait avoué à Dieu ses fautes et qu’il ne savait faire que cela; après quoi il s’abandonnait à Dieu, comme il le disait, pour la vie et pour la mort, pour le temps et l’éternité.

“We are made for God alone,” he said; “He could not possibly disapprove of us abandoning ourselves to occupy ourselves with Him. We will see better in Him what we lack than we will perceive it in ourselves through all our reflections, and it can only be a remnant of self-love which, under the guise of our perfection, still attaches us to ourselves and prevents us from rising to God.”

« Nous sommes faits pour Dieu seul, disait-il ; il ne saurait trouver mauvais que nous nous quittions nous-mêmes pour nous occuper de lui. Nous verrons mieux en lui ce qui nous manque, que nous ne l’apercevrons en nous par toutes nos réflexions, et ce ne peut être qu’un reste de l’amour de nous-mêmes qui, sous l’apparence de notre perfection, nous attache encore à nous et nous empêche de nous élever à Dieu. »

The brother said that in the great sorrows he had experienced for four years, so great that all the men in the world could never have removed from his mind the thought that he would be damned, he had not changed his initial resolve; but that without reflecting on what would become of him and without dwelling on his suffering (as all afflicted souls do), he had consoled himself by saying: “Come what may, I will at least perform all my actions for the rest of my life for the love of God”; and that thus, by forgetting himself, he had willingly lost himself for God, which had proven beneficial to him.

Le frère disait que dans les grandes peines qu’il avait eues pendant quatre années, si grandes que tous les hommes du monde ne lui auraient jamais pu ôter de l’esprit qu’il serait damné, il n’avait point changé sa première détermination ; mais que sans réfléchir sur ce qui arriverait de lui et sans s’occuper de sa peine (comme font toutes les âmes peinées) il s’était consolé en disant : « Arrive ce qui pourra, je ferai du moins toutes mes actions pendant le reste de ma vie pour l’amour de Dieu » ; et qu’ainsi en s’oubliant soi-même, il avait bien voulu se perdre pour Dieu, dont il s’était bien trouvé.

The love of God’s will had taken the place in him of the attachment one ordinarily has to one’s own will; he saw in everything that happened to him only the order of God, which kept him in continual peace. When someone spoke to him of some great disorder, instead of being astonished, he was surprised, on the contrary, that there were not even more, given the malice of which the sinner was capable; but immediately, rising to God, seeing that He could remedy it, and that nevertheless He permitted these evils for very just and useful reasons for the general order of His governance of the world, after having prayed for the sinners, he was no longer afflicted by it and remained in his peace.

Lamour de la volonté de Dieu avait pris en lui la place de l’attache que l’on a ordinairement à la sienne; il ne voyait plus dans tout ce qui lui arrivait que l’ordre de Dieu, qui le tenait dans une paix continuelle. Quand on lui parlait de quelque grand dérèglement, au lieu de s’en étonner, il était au contraire surpris qu’il n’y en eût encore davantage, vu la malice dont le pécheur était capable ; mais aussitôt, s’élevant à Dieu, voyant qu’il pouvait y remédier, et que cependant il permettait ces maux pour des raisons très justes et très utiles à l’ordre général de sa conduite sur le monde, après avoir prié pour les pécheurs, il ne s’en affligeait pas davantage et demeurait dans sa paix.

I told him one day, without any preparation, that something of great consequence, which he had very much at heart and on which he had been working for a long time, could not be carried out, and that a contrary decision had just been made; to which he replied nothing more than: “We must believe that those who decided this have good reasons; we only have to carry it out and say nothing more about it.” He did so, in fact, and so completely that, although he often had occasion to speak of it afterward, he never opened his mouth about it again.

Je lui dis un jour, sans aucune préparation, qu’une chose de grande conséquence, qu’il avait fort à coeur, et à laquelle il travaillait depuis longtemps ne pouvait s’exécuter, et que l’on venait de prendre une résolution contraire ; à quoi il ne me répondit autre chose, sinon : « Il faut croire que ceux qui ont décidé cela ont de bonnes raisons, il n’y a qu’à l’exécuter et n’en plus rien dire. » Il le fit en effet, et si entièrement que, quoiqu’il ait eu souvent depuis occasion d’en parler, il n’en a jamais ouvert la bouche.

A man of great merit, having gone to see Brother Lawrence during a serious illness, asked him what he would choose if God offered him either to remain in this life for some time longer to increase his merits or to receive him into Heaven immediately. The good brother, without hesitation, replied that he would leave the choice to God and that, for himself, he had no choice to make other than to wait in peace for God to show him His will.

Un homme d’u, fort grand mérite ayant été voir le frère Laurent dans une grande maladie, lui demanda ce qu’il choisirait si Dieu lui offrait, ou de le laisser encore quelque temps dans la vie pour y augmenter ses mérites ou de le recevoir dès à présent dans le Ciel. Le bon frère sans délibérer, répondit qu’il laisserait à Dieu ce choix et que pour lui il n’en avait point à faire que celui d’attendre en paix que Dieu lui marquât sa volonté.

This disposition left him in such great indifference to all things and in such complete freedom that it approached that of the blessed. He belonged to no party. No bias or inclination could be detected in him.

Cette disposition le laissait dans une si grande indifférence de toutes choses et dans une liberté si entière qu’elle approchait de celle des bienheureux. Il n’était d’aucun parti. On ne découvrait en lui aucune pente ou inclination.

The natural attachment that one feels, even in the holiest places, for one’s country, had not preoccupied him; he was equally loved by those who had opposing inclinations; he desired the good in general, without regard to the people by whom or for whom it was done. A citizen of Heaven, nothing held him back on earth; his views were not limited to time; having long contemplated only the Eternal, he had become eternal like Him.

L’attache naturelle que l’on porte, jusque dans les lieux les plus saints, pour son pays ne l’avait point préoccupé ; il était également aimé de ceux qui avaient des inclinations opposées ; il voulait le bien en général, sans rapport aux personnes par qui ou pour qui on le fait. Citoyen du Ciel, rien ne l’arrêtait sur la terre ; ses vues n’étaient point bornées au temps; en ne contemplant depuis longtemps que l’Éternel, il était devenu éternel comme lui.

Everything was the same to him, every place, every job. The good brother found God everywhere, as much while making his shoes as while praying with the community; He was not eager to go on retreats, because he found in his ordinary work the same God to love and adore as in the depths of the deserts.

Tout lui était égal, toute place, tout emploi. Le bon frère trouvait Dieu partout, aussi bien en faisant ses savates qu’en priant avec la communauté ; il n’était point empressé pour faire ses retraites, parce qu’il trouvait dans son travail ordinaire le même Dieu à aimer et á adorer que dans le fond des déserts.

His only way to God being to do everything for the love of Him, it was indifferent to him whether he was occupied with one thing or another, provided he did it for God. It was God, and not the thing itself, that he considered; he knew that the more what he did was contrary to his natural inclination, the more merit the love that led him to offer it to God possessed, and that the insignificance of the thing did not diminish the value of his offering in any way, because God, needing nothing, considered in our works only the love with which they are accompanied.

Son seul moyen pour aller à Dieu étant de tout faire pour l’amour de lui, il lui était indifférent d’être occupé d’une chose ou d’une autre, pourvu qu’il la fit pour Dieu. C’était lui, et non la chose, qu’il regardait ; il savait que plus ce qu’il faisait était opposé à son inclination naturelle, plus l’amour qui le lui faisait offrir à Dieu avait de mérite, que la petitesse de la chose ne diminuait en rien le prix de son offrande, parce que Dieu, n’ayant besoin de rien, ne considérait dans nos oeuvres que l’amour dont elles sont accompagnées.

Another characteristic of Brother Lawrence was an extraordinary firmness, which would have been called intrepidity in another kind of life, and which showed a great and elevated soul, above the fear and hope of everything that was not God. He admired nothing; nothing astonished him; he feared nothing. This stability of soul came from the same source as all his other virtues. The high idea he had of God represented Him to him, as He truly is, as sovereign justice and infinite goodness, and relying on these, he was assured that God would not deceive him and would only do him good, since he, for his part, was resolved never to displease Him, to do and suffer everything for His love.

Un autre caractère du frère Laurent était une fermeté extraordinaire, qu’on aurait nommée intrépidité dans un autre genre de vie, et qui montrait une Aine grande et élevée au-dessus de la crainte et de l’espérance de tout ce qui n’était point Dieu. Il n’admirait rien ; rien ne l’étonnait ; il ne craignait rien. Cette stabilité d’âme venait en lui de la même source que toutes les autres vertus. La haute idée qu’il avait de Dieu le lui représentait, tel qu’il est en effet, comme la souveraine équité et l’infinie bonté, sur lesquelles appuyé, il était assuré que Dieu ne le tromperait pas et qu’il ne lui ferait que du bien, puisque lui, de son côté, était résolu de ne lui déplaire jamais, de tout faire et de tout souffrir pour son amour.

I once asked him who his spiritual director was; he replied that he had none, and that he didn’t think he needed one, since the Rule and the duties he had in the religious life showed him what he had to do outwardly, and the Gospel showed him the obligation to love God with all his heart; that, knowing this, a spiritual director seemed useless to him; but that he greatly needed a confessor to forgive his sins.

Je lui demandais un jour qui était son directeur; il me répondit qu’il n’en avait point, et qu’il ne croyait pas en avoir besoin ; puisque la Règle et les emplois qu’il avait dans la religion lui marquaient ce qu’il avait à faire pour l’extérieur, et l’Évangile l’obligation d’aimer Dieu de tout son coeur; que, connaissant cela, un directeur lui paraissait inutile; mais qu’il avait grand besoin d’un confesseur pour lui remettre ses péchés.

Those who conduct themselves in the spiritual life only according to their particular dispositions and feelings, who believe they have nothing more important to do than to examine whether they have devotion or not, these kinds of people cannot have stability or a certain rule, because these things change continually, either through our own negligence or by God’s order, who diversifies his gifts and his guidance over us according to our needs.

Ceux qui ne se conduisent dans la vie spirituelle que suivant leurs dispositions et sentiments particuliers, qui croient n’avoir rien de plus important à faire que d’examiner s’ils ont de la dévotion ou s’ils n’en ont point, ces sortes de personnes ne sauraient avoir de stabilité ni de règle certaine, parce que ces choses changent continuellement, ou par notre propre négligence ou par l’ordre de Dieu qui diversifie ses dons et sa conduite sur nous selon nos besoins.

The good brother, on the contrary, firm in the path of faith which never changes, was always consistent with himself, because he only strove to fulfill the duties of the position in which God had placed him, counting as merit only the virtues of his state. Instead of being attentive to his dispositions and examining the path he was walking, he looked only at God, the end of that path, walking towards Him with great strides through the practice of justice, charity, and humility, more intent on doing than on considering what he was doing.

Le bon frère, au contraire, ferme dans le chemin de la foi qui ne change jamais, était toujours égal à lui-même, parce qu’il ne s’étudiait qu’à remplir les devoirs de la place où Dieu le mettait, ne comptant pour mérite que les vertus de son état. Au lieu d’être attentif à ses dispositions et à examiner le chemin par où il marchait, il ne regardait que Dieu, la fin de ce chemin, allant à grand pas vers lui par la pratique de la justice, de la charité et de l’humilité, plus appliqué à faire qu’à considérer ce qu’il faisait.

Brother Lawrence’s devotion, based on this solid foundation, was not subject to visions or other extraordinary things; he was convinced that even those that are genuine are most often signs of the weakness of a soul that focuses more on God’s gift than on God himself; and outside of his novitiate, there was nothing of this kind in his conduct. At least he said nothing about it to the people he trusted most and to whom he opened his heart. He walked all his life in the footsteps of the Saints, on the sure path of Faith; he did not stray from the ordinary path that leads to salvation through the practices authorized at all times by the Church, through the practice of good works, and the virtues of his state in life; everything else was suspect to him.

La dévotion du Frère Laurent, appu yée sur ce solide fondement, n’était point sujette aux visions ni aux autres choses extraordinaires ; il était persuadé que celles mêmes qui sont véritables sont le plus souvent des marques de la faiblesse d’une âme qui s’arrête davantage au don de Dieu qu’à lui-même ; et hors le temps de son noviciat il n’y a rien eu de ces sortes de choses dans sa conduite ; du moins n’en a-t-il rien dit aux personnes à qui il avait le plus de confiance et à qui il ouvrait son cœur. Il a marché toute sa vie sur les traces des Saints, par la voie sûre de la Foi ; il ne s’est point écarté du chemin ordinaire qui conduit au salut par les exercices autorisés de tout temps par l’Eglise, par la pratique des bonnes œuvres, et des vertus de son Etat ; tout le reste lui était suspect.

His great common sense and the light he received from the simplicity of his faith protected him from all the pitfalls encountered on the spiritual path, against which so many souls are shipwrecked today, by giving themselves over to the love of novelty, to their own imagination, to curiosity, and to human ways of thinking.

Son grand sens et la lumière qu’il tenait de la simplicité de sa foi l’ont garanti de tous les écueils qui se rencontrent dans la voie de l’Es prit contre lesquels tant d’âmes font au- jourd’hui naufrage, en se livrant à l’amour de la nouveauté, à leur propre imagina tion, à la curiosité, et à des conduites humaines.

Prepared by such a life and following such a sure path, he saw death approaching without distress. His patience had been very great throughout his life; but it increased even more as he approached his end. He never seemed to have a moment of sorrow in the greatest intensity of his illness. Joy appeared not only on his face but also in his manner of speaking; which led some religious men who came to visit him to ask him if he was indeed not suffering: “Forgive me,” he said to them, “I am suffering; the pain in my side hurts me; but my spirit is content.” “But,” they added, “if God wanted you to suffer these pains for ten years, would you be satisfied?” “I would be,” he said, “not only for that number of years, but if God wanted me to endure my ailments until the Day of Judgment, I would willingly consent, and I would still hope that He would grant me the grace to always be content.”

Préparé par une telle vie et suivant une conduite si sûre, il vit paraître la mort sans trouble. Sa patience avait été fort grande dans tout le cours de sa vie ; mais elle crût encore quand il s’approcha de sa fin. Il n’a jamais paru avoir un moment de chagrin dans la plus grande violence de son mal. La joie paraissait non seule ment sur son visage mais encore dans sa manière de parler ; ce qui obligea des reli gieux qui l’allaient visiter, à lui demander si effectivement il ne souffrait point : « Par donnez-moi, leur dit-il, je souffre; le point que j’ai au côté me blesse ; mais mon es prit est content. » « Mais, ajoutèrent-ils, si Dieu voulait que vous souffrissiez ces
douleurs l’espace de dix ans, en seriez--vous satisfait ? » « Je le serais, dit-il, non seulement pour ce nombre d’années, mais si Dieu voulait que j’endurasse mes maux jusqu’au jour du jugement, j’y consentirais volontiers, et j’espérerais encore qu’il me ferait la grâce d’être toujours content. »

As the hour of his departure from this world approached, he often exclaimed: “Oh, Faith, Faith!” He expressed his excellence more effectively by saying less than if he had said more. He adored God incessantly, and he told a religious man that he almost no longer believed in God’s presence in his soul, but that through this luminous faith, he already perceived something of that intimate presence.

L’heure de son départ de ce monde approchant, il s’écriait souvent : « O, la Foi, la Foi! » exprimant plus par là son excellence que s’il en eût dit davantage. Il adorait Dieu sans cesse, et il dit à un religieux qu’il ne croyait presque plus la résidence de Dieu en son âme, mais que par le moyen de cette foi lumineuse, il voyait déjà quelque chose de cette présence intime.

His fearlessness was so great in a situation where everything was to be feared that he told one of his friends who questioned him on this matter that he feared neither death, nor hell, nor God’s judgments, nor the efforts of the devil.

Son intrépidité était si grande dans un passage où tout est à craindre, qu’il dit à un de ses amis qui le questionnait sur cet article qu’il ne craignait ni la mort, ni l’enfer, ni les jugements de Dieu, ni les efforts du démon.

Since people enjoyed hearing him say such edifying things, they continued to ask him questions; they asked him if he knew that it is a terrible thing to fall into the hands of a living God, because no one knows for certain whether he is worthy of love or hatred: “I agree,” he said, “but I would not want to know; for I would fear becoming vain; nothing is better than to surrender oneself to God.”

Comme on prenait plaisir à lui entendre dire des choses si édifiantes, on continua de lui faire des questions ; on lui demanda s’il savait que c’est une chose terrible de tomber entre les mains d’un Dieu vivant, parce que qui que ce soit ne sait assurément s’il est digne d’amour ou de haine : « J’en conviens, dit-il, mais je ne voudrais pas le savoir; car je craindrais d’avoir de la vanité ; rien n’est meilleur que de s’abandonner à Dieu. »

 

 

 

 

After he had received the last sacraments, a religious man asked him what he was doing and what his mind was occupied with: “I am doing,” he replied, “what I will do for all eternity; I bless God, I praise God, I adore God, and I love Him with all my heart; that is our whole purpose, my brothers, to adore God and to love Him, without worrying about anything else.”

Après qu’il eut reçu les derniers Sacrements, un religieux lui demanda ce qu’il faisait, et à quoi son esprit était occupé : « Je fais, répondit-il, ce que je ferai dans toute l’éternité; je bénis Dieu, je loue Dieu, j’adore Dieu et je l’aime de tout mon coeur; c’est là tout notre métier, mes frères, d’adorer Dieu et de l’aimer, sans se soucier du reste. »

These were the last sentiments of Brother Lawrence, who died shortly afterwards, in the peace and tranquility in which he had lived; his death occurred on February 12, 1691, at the age of about eighty.

Ce furent les derniers sentiments du frère Laurent qui mourut peu après, avec la paix et la tranquillité dans lesquelles il avait vécu ; sa mort est arrivée le 12 février 1691 étant âgé d’environ quatre-vingts ans 1.

 

 

 

 

   

Nothing better represents a true Christian philosopher than what has just been described of the life and death of this good religious man. Such were those who in former times truly renounced the world to devote themselves solely to cultivating their souls and knowing God and his Son Jesus Christ, these religious men who had the Gospel as their rule and who professed the holy philosophy of the Cross. This is how Saint Clement of Alexandria describes them, and it seems that he had in mind a man like Brother Lawrence when he says that the great occupation of the philosopher, that is, of the wise Christian, is prayer. He prays everywhere, not by using many words, but secretly in the depths of his soul; while walking, in conversation, at rest, during reading or work. He praises God continually, not only in the morning upon rising and at noon, but in all his actions he gives glory to God like the seraphim of Isaiah. The application he has through prayer to spiritual things makes him gentle, affable, patient, and at the same time so disciplined that he is not even tempted, giving no hold to either pleasure or pain. The joy of contemplation, on which he continually feeds without being satiated, does not allow him to feel the small pleasures of the earth. He dwells in charity with the Lord, although his body still appears on earth; and after having shared, through faith, in the inaccessible light, he no longer has a taste for the goods of the world; he is already, through charity, where he ought to be and desires nothing, because he possesses the object of his desire, as far as is possible.

Rien ne représente mieux un vrai philosophe chrétien que ce qui vient d’être marqué de la vie et de la mort de ce bon religieux. Tels étaient autrefois ceux qui renonçaient véritablement au monde pour ne plus vaquer qu’à cultiver leur âme et à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ, ces hommes religieux qui avaient pour règle l’Évangile et qui faisaient profession de la sainte philosophie de la Croix. C’est ainsi que saint Clément d’Alexandrie2 nous les décrit et il semble qu’il avait en vue un homme comme le frère Laurent lorsqu’il dit que la grande occupation du philosophe, c’est-à-dire du sage chrétien, est la prière. Il prie en tout lieu, non en employant beaucoup de paroles, mais en secret dans le fond de son âme ; en promenade, en conversation, dans le repos, pendant la lecture ou le travail. Il loue Dieu continuellement, non seulement le matin en se levant et à midi, dans toutes ses actions il rend gloire à Dieu comme ces séraphins d’Isaïe. L’application qu’il a par la prière aux choses spirituelles le rend doux, affable, patient, et en même temps sévère jusques à n’être pas même tenté, ne donnant prise sur lui ni au plaisir ni à la douleur. La joie de la contemplation dont il se repaît continuellement, sans en être rassasié, ne lui permet pas de sentir les petits plaisirs de la terre. Il habite par la charité avec le Seigneur, quoique son corps paraisse encore sur la terre ; et après avoir eu part, par la foi, à la lumière inaccessible, il n’a plus de goût pour les biens du monde ; il est déjà par la charité où il doit être et ne désire rien, parce qu’il a l’objet de son désir, autant qu’il est possible.

He has no need of boldness, because nothing in this life is troublesome for him, nor capable of diverting him from the love of God. He has no need to calm himself, because he does not fall into sadness, convinced that all is well. He does not become angry, and nothing disturbs him, because he always loves God and is entirely turned towards Him alone. He has no jealousy, because he lacks nothing. He does not love anyone with that common kind of friendship, but he loves the Creator through His creatures; his soul is in a solid state of constancy, free from all change, since, forgetting everything else, he is attached only to God alone.

Il n’a point besoin de hardiesse, parce que rien en cette vie n’est fâcheux pour lui, ni capable de le détourner de l’amour de Dieu. Il n’a point besoin de se rendre tranquille, parce qu’il ne tombe point dans la tristesse, persuadé que tout va bien. Il n’entre pointe en colère, et rien ne l’émeut, parce qu’il aime toujours Dieu et est tourné tout entier vers lui seul. Il n’a point de jalousie, parce que rien ne lui manque. Il n’aime personne de cette amitié commune, mais il aime le Créateur par les créatures ; son âme est dans une consistance solide, exempte de tout changement, depuis qu’oubliant tout le reste, il n’est attaché qu’à Dieu seul.

May I be permitted to add to this portrait a brushstroke from the hand of a great master, enlightened more by the light of an excellent faith, which he shared with Brother Lawrence, than by all the sciences derived from the learning of Athens? Can it be considered wrong that I mix here the masters and doctors with a poor lay brother, when we find in the simplicity of the latter’s words what the greatest lights of the Church have taught us about the purity of Christian morals, and what both have drawn from Jesus Christ, who hides himself from the prudent and the wise, while revealing himself to the little ones?

Me permettra-t-on d’ajouter encore à ce portrait un coup de pinceau de la main d’un grand maître, plus éclairé par la lumière d’une excellente foi qu’il avait commune avec le frère Laurent que par toutes les sciences tirées du commerce d’Athènes. Peut-on trouver mauvais que je mêle ici les maîtres et les docteurs avec un pauvre frère convers, quand on rencontre dans la simplicité des paroles de ce dernier ce que les plus grandes lumières de l’Église nous ont enseigné de la pureté des moeurs chrétiennes, et ce que les uns et les autres ont tiré de Jésus-Christ qui se cache aux prudents et aux sages, pendant qu’il se révèle aux petits.

There is nothing stronger and more indomitable, says Saint Gregory of Nazianzus, than true philosophy: everything yields to the generosity of a philosopher. If he is deprived of all the comforts of the earth, he has wings to rise, to take flight, and to fly towards God who is his only master. One cannot conquer God, nor an angel, nor a philosopher; although he is composed of matter, he is as if he were not material, he has no limits. Although he has a body, he lives on earth like a truly heavenly man: he is impassive amidst so many passions; he suffers from being defeated in everything else, but not in greatness of courage; by yielding, he places himself above those who think they can overshadow him; he is no longer attached to the world or to the flesh. He uses the necessities of life only as much as necessity compels him; he has no communion except with himself and with God; his soul elevates him above all sensible things, and, like a spotless mirror, it reflects to him the divine images in their natural form, without the admixture of earthly and coarse elements. Every day he adds new insights to those he already possesses, until he finally reaches that source of light from which one can only draw in the afterlife, when the radiance of truth has dispelled the darkness of enigmas, and one has attained the height of bliss. Here we recognize our lay brother and all those like him.

Il n’y a rien de plus fort et de plus indomptable, dit saint Grégoire de Nazianze 1, que la vraie philosophie : tout cède à la générosité d’un philosophe. Si on le prive de toutes les commodités de la terre, il a des ailes pour s’élever, pour prendre l’essor, et pour s’envoler vers Dieu qui est son seul maître. On ne peut vaincre Dieu, ni un ange, ni un philosophe; quoiqu’il soit composé de matière, il est comme s’il n’était pas matériel, il n’a point de bornes. Quoiqu’il ait un corps, il vit sur la terre comme un homme tout céleste : il est impassible au milieu de tant de passions ; il souffre d’être vaincu en tout le reste, mais non pas en grandeur de courage; il se met en cédant au-dessus de ceux qui croient l’effacer; il ne tient plus ni au monde, ni à la chair’. Il ne se sert des soutiens de la vie qu’autant que la nécessité l’y oblige; il n’a de commerce qu’avec soi-même et avec Dieu; son âme l’élève au-dessus de toutes les choses sensibles, et, comme un miroir sans tache, elle lui représente au naturel les divines images, sans le mélange des espèces terrestres et grossières. Il ajoute tous les jours de nouvelles lumières à celles qu’il a déjà, jusqu’à ce qu’il parvienne enfin à cette source de lumières où l’on ne puise que dans l’autre vie, lorsque l’éclat de la vérité a dissipé l’obscurité des énigmes, et que l’on est parvenu au comble de la félicité. On reconnaît ici notre frère convers et tous ses semblables2.

Although Brother Lawrence spent his life in solitude, there is no one, whatever their station in life, who cannot derive great benefit from what is presented here of his conduct. He will teach those engaged in the world to turn to God to ask for the grace to fulfill their duties, in their business dealings, in their conversations, even in the midst of their leisure activities; following his example, they will be inspired to give thanks to Him for His blessings, for the good He enables them to do, and to humble themselves before Him for their faults.

Quoique le frère Laurent ait passé sa vie dans la retraite, il n’y a pourtant personne, de quelque condition qu’il soit, qui ne puisse tirer un très grand profit de ce que l’on donne ici de sa conduite. Il apprendra aux personnes engagées dans le monde à s’adresser à Dieu pour lui demander la grâce de s’acquitter de leurs devoirs, en traitant leurs affaires, dans leurs conversations, au milieu même de leurs récréations ; à son exemple, elles seront excitées à lui rendre des actions de grâces de ses bienfaits, du bien qu’il leur fait faire, à s’humilier devant lui de leurs fautes.

This is not a speculative devotion, one that can only be practiced in cloisters; everyone is obligated to adore God and to love Him, and one cannot properly fulfill these two great duties without establishing a heartfelt connection with Him that leads us to turn to Him at all times, like children who can barely stand without the constant support of their mother.

Ce n’est point ici une dévotion spéculative, et qui ne puisse être pratiquée que dans les cloîtres ; tout le monde est obligé d’adorer Dieu et de l’aimer, et on ne peut s’acquitter comme il faut de ces deux grands devoirs sans lier avec lui un commerce de coeur qui nous fasse recourir à lui à tous moments, comme des enfants qui ont peine à se soutenir sans le secours présent de leur mère.

Not only is this not difficult, but it is easy and necessary for everyone, and this is what constitutes that continuous prayer that Saint Paul commands all Christians to practice. Whoever does not practice it does not feel their needs or their incapacity for all good; they do not know what they are, nor what God is, nor the constant need they have for Jesus Christ.

Non seulement cela n’est point difficile, mais cela est facile et nécessaire à tout le monde, et c’est en quoi consiste cette prière continuelle que saint Paul ordonne à tous les chrétiens. Quiconque ne la fait pas ne sent point ses besoins ni son incapacité pour tout bien ; il ne connaît ni ce qu’il est, ni ce que Dieu est, ni la continuelle nécessité où il est de Jésus-Christ.

The affairs and business of the world cannot serve as an excuse for not fulfilling one’s duty. God is everywhere; one can turn to Him in every place, one can speak to Him from the heart in a thousand ways; and with a little love, one would not find it difficult.

Les affaires et le commerce du monde ne peuvent servir d’excuse pour ne point s’acquitter de son devoir. Dieu est partout, on peut en tout lieu s’adresser à lui, on peut lui faire parler son coeur de mille manières ; et avec un peu d’amour on ne le trouverait pas difficile.

Those who are withdrawn from the cares of life have even more to learn from the conduct of Brother Lawrence. Since they are freed from most of the needs and social conventions of the world that burden those who are engaged in it with many worries, nothing can prevent them, in imitation of this good brother, from renouncing all other thoughts except that of performing all their actions for the love of God and giving Him, as he says, everything they have.

Les personnes retirées des embarras de la vie ont encore davantage à prendre dans la conduite du frère Laurent. Comme elles sont délivrées de la plupart des besoins et des bienséances du monde qui remplissent ceux qui y sont engagés de plusieurs soins, rien ne les peut empêcher à l’imitation de ce bon frère, de renoncer à toute autre pensée qu’à celle de faire toutes leurs actions pour l’amour de Dieu et de lui donner, comme il dit, le tout pour le tout.

The example of his complete detachment, his total self-forgetfulness, which he carried to the point of no longer thinking about his own salvation in order to devote himself solely to God, his indifference to all kinds of tasks and occupations, and his freedom in spiritual exercises, cannot fail to be very useful to them.

L’exemple de son détachement général, de l’oubli entier de soi-même, qu’il a porté jusqu’à ne plus penser à son salut pour s’occuper uniquement de Dieu, son indifférence pour toutes sortes d’emplois et d’occupations, sa liberté dans les exercices spirituels, ne sauraient qu’ils ne leur soient très utiles.

   
   

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

   
   

 

 


 

 


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