LETTERS
from Brother Lawrence of the Resurrection
 to some religious and pious pe
rsons

LETTRES du FRERE LAURENT de la RESURRECTION
écrites à quelques personnes religieuses et de piété

 

 

 

 

   

 

 

 

 

FIRST LETTER
To Reverend Mother N,

PREMIÈRE LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend Mother,

Ma Révérende Mère,

I took the opportunity of N. to share with you the feelings of one of our religious on the admirable effects and continual help he receives from the presence of God; let us both take advantage of it.

Je me suis servi de l’occasion de N. pour vous faire part des sentiments d’un de nos religieux sur les effets admirables et les secours continuels qu’il reçoit de la présence de Dieu ; profitons-en l’un et l’autre.

You will know that his main concern for more than forty years that he has been in religion has been to always be with God, and to do nothing, say nothing and think nothing that could displease Him, with no other view than that of His pure love, and because He deserves infinitely more.

Vous saurez que son principal soin depuis plus de quarante ans qu’il est en religion, a été d’être toujours avec Dieu, et de ne rien faire, de ne rien dire et de ne rien penser qui lui puisse déplaire, sans aucune autre vue que celle de son pur amour, et parce qu’il en mérite infiniment davantage.

He is now so accustomed to this divine presence that he receives continual help from it on all sorts of occasions; for about thirty years his soul has enjoyed such continual and sometimes such great inner joys that, in order to moderate them and prevent them from appearing outwardly, he is forced to do childish things outwardly that smell more of madness than devotion.

Il est à présent si habitué à cette divine présence, qu’il en reçoit des secours continuels en toute sorte d’occasions; il y a environ trente ans que son âme jouit de joies intérieures si continuelles et quelquefois si grandes que pour les modérer et les empêcher de paraître au-dehors, il est contraint de faire à l’extérieur des puérilités qui sentent plus la folie que la dévotion.

If at times he is a little absent from this divine presence, God makes himself felt immediately in his soul to call him back, which often happens when he is more engaged in his external occupations; he responds with exact fidelity to these inner attractions, either by

Si quelquefois il est un peu absent de cette divine présence, Dieu se fait sentir aussitôt dans son âme pour le rappeler, ce qui lui arrive souvent lorsqu’il est plus engagé dans ses occupations extérieures ; il répond avec une exacte fidélité à ces attraits intérieurs, ou par

an elevation of his heart towards God,

or by a gentle and loving look,

or by some words that love forms in these encounters, for example:

“My God, here I am all yours;

Lord, make me according to your heart”;

une élévation de son coeur vers Dieu,

ou par un regard doux et amoureux,

ou par quelques paroles que l’amour forme en ces rencontres, par exemple :

« Mon Dieu, me voici tout à vous ;

Seigneur, faites-moi selon votre coeur 0;

and for then it seems to him, as indeed he feels, that this God of love, content with these few words, falls asleep again and rests in the depths and center of his soul; the experience of these things makes him so certain that God is always in this depth of his soul, that he cannot form any doubt of it, whatever he does, and whatever happens to him.

et pour lors il lui semble, comme en effet il sent, que ce Dieu d’amour se contentant de ce peu de paroles, se rendort et se repose au fond et centre de son âme; l’expérience de ces choses le rend si certain que Dieu est toujours en ce fond de son âme, qu’il n’en peut former aucun doute, quoi qu’il fasse, et qu’il lui arrive.

Judge from this, my Reverend Mother, what contentment and satisfaction he enjoys; feeling within himself continually such a great treasure, he is no longer anxious about finding it, he is no longer troubled to seek it, it is entirely revealed to him, and free to take from it what he pleases.

Jugez de là, ma Révérende Mère, quel est le contentement et la satisfaction dont il jouit; sentant en lui continuellement un si grand trésor, il n’est plus dans l’inquiétude de le trouver, il n’est plus en peine de le chercher, il lui est entièrement découvert, et libre d’y prendre ce qu’il lui plaît.

He often complains of our blindness and constantly exclaims that we are pitiable for being content with so little. “God,” he says, “has infinite treasures to give us, and a small, fleeting devotion satisfies us; how blind we are, since by this we tie God’s hands and hinder the abundance of his graces; but when he finds a soul filled with living faith, he pours out graces in abundance. It is like a torrent forcibly stopped from its normal course which, having found an outlet, pours forth with impetuosity and abundance.”

Il se plaint souvent de notre aveuglement et il s’écrie sans cesse que nous sommes dignes de compassion de nous contenter de si peu. « Dieu, dit-il, a des trésors infinis à nous donner, et une petite dévotion sensible, qui passe en un moment, nous satisfait; que nous sommes aveugles, puisque par là nous lions les mains à Dieu, et nous arrêtons l’abondance de ses grâces; mais lorsqu’il trouve une âme pénétrée d’une foi vive, il lui verse des grâces en abondance. C’est un torrent arrêté par force contre son cours ordinaire qui, ayant trouvé une issue, se répand avec impétuosité et avec abondance. »

Yes, often we stop this torrent by the little esteem we have for it. Let us not stop it any longer, my dear Mother, let us turn inward, break down this dam, let grace dawn, let us make up for lost time; we may have little time left to live, death follows us closely, let us be wary of it: we only die once.

Oui, souvent nous l’arrêtons, ce torrent, par le peu d’estime que nous en faisons. Ne l’arrêtons plus, ma chère Mère, rentrons en nous-mêmes, rompons cette digue, faisons jour à la grâce, réparons le temps perdu; il nous en reste peut-être peu à vivre, la mort nous suit de près, donnons-nous-en de garde : on ne meurt qu’une fois.

Once again let us turn inward, time is pressing, there is no more postponement, everyone is on their own; I believe that you have taken such accurate measures that you will not be surprised: I commend you for this, for it is our business; however, we must always work, since in the life of the spirit, not advancing is falling behind, but those who have the wind of the Holy Spirit sail even while sleeping; if the boat of our soul is still being battered by the winds or the storm, let us awaken the Lord who rests there, he will soon calm the sea.

Encore une fois rentrons en nous-mêmes, le temps presse, il n’y a plus de remise, chacun y est pour soi; je crois que vous avez pris vos mesures si justes, que vous ne serez pas surprise : je vous en loue, car c’est notre affaire ; il faut cependant toujours travailler, puisqu’en la vie de l’esprit, ne pas avancer est reculer, mais ceux qui ont le vent du Saint-Esprit voguent même en dormant ; si la nacelle de notre âme est encore battue des vents ou de la tempête, éveillons le Seigneur qui y repose, il calmera bientôt la mer.

I have taken the liberty, my dearest Mother, of sharing these good sentiments with you, to compare them with your own; they will serve to rekindle and inflame them, if, by misfortune (which God forbid, for that would be a great evil), they should cool even slightly; let us therefore recall, you and I, our first fervor, let us take advantage of the example and sentiments of this religious, little known to the world, but known to God and greatly favored by Him; I will ask it for you, ask it most earnestly for Him who is in Our Lord,

J’ai pris la liberté, ma très chère Mère, de vous faire part de ces bons sentiments, pour les confronter avec les vôtres; ils serviront à les rallumer et à les embraser, si, par malheur (ce que Dieu ne veuille, car ce serait un grand mal), ils refroidissaient tant soit peu; rappelons donc vous et moi nos premières ferveurs, profitons de l’exemple et des sentiments de ce religieux peu connu du monde, mais connu de Dieu et extrêmement caressé de lui; je le demanderai pour vous, demandez-le très instamment pour celui qui est en Notre-Seigneur,

My Reverend Mother,

Ma Révérende Mère,

Your, etc.

Votre, etc.

From Paris, June 1 , 1682.

De Paris, le ler juin 1682.

 

 

   

 

 

 

 

SECOND LETTER
To Reverend Mother N,

SECONDE LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend and Most Honored Mother,

Ma Révérende et très honorée Mère,

Today I received two books and a letter from Sister N., who is preparing for her Profession and asks for the prayers of your holy community, and yours in particular; she indicates to me that she has a very great and singular confidence in it, do not frustrate her, ask God that she may make her sacrifice in the sole view of His love, and with a firm resolution to be entirely His; I will send you one of those books which deal with the presence of God; this, in my opinion, is what the whole spiritual life consists of, and it seems to me that by practicing it properly, one becomes spiritual in a short time.

J’ai reçu aujourd’hui deux livres, et une lettre de la soeur N. qui se dispose à sa Profession, et demande pour cela les prières de votre sainte communauté, et les vôtres en particulier; elle me marque y avoir une très grande et singulière confiance, ne l’en frustrez pas, demandez à Dieu qu’elle fasse son sacrifice dans la seule vue de son amour, et avec une ferme résolution d’être tout à lui ; je vous enverrai un de ces livres qui traitent de la présence de Dieu; c’est, à mon sentiment, en quoi consiste toute la vie spirituelle, et il me semble qu’en la pratiquant comme il faut, on devient spirituel en peu de temps.

I know that for this to happen the heart must be empty of all other things, God wanting to possess it alone; and since he cannot possess it alone without emptying it of everything that is not him, so he cannot act or do in it what he would like.

Je sais que pour cela il faut que le coeur soit vide de toutes autres choses, Dieu le voulant posséder seul ; et comme il ne peut le posséder seul sans le vider de tout ce qui n’est point lui, aussi ne peut-il y agir ni y faire ce qu’il voudrait.

There is no sweeter or more delightful way of life in the world than continual conversation with God; only those who practice and enjoy it can understand it; however, I do not advise you to do it for that reason, it is not consolations that we should seek in this practice, but let us do it from a principle of love and because God wills it.

Il n’y a pas au monde de manière de vie plus douce ni plus délicieuse que la conversation continuelle avec Dieu ; ceux-là seuls la peuvent comprendre qui la pratiquent et qui la goûtent; je ne vous conseille pas pourtant de le faire par ce motif, ce ne sont pas les consolations que nous devons chercher en cette pratique, mais faisons-le par un principe d’amour et parce que Dieu le veut.

If I were a preacher, I would preach nothing but the practice of the presence of God; and if I were a director, I would advise it to everyone, so much do I believe it to be necessary and even easy.

Si j’étais prédicateur, je ne prêcherais autre chose que la pratique de la présence de Dieu; et si j’étais directeur, je la conseillerais â tout le monde, tant je la crois nécessaire et même facile.

Ah! If we knew our need for God’s graces and help, we would never lose sight of Him, not even for a moment. Believe me, make a holy and firm resolution now never to voluntarily turn away from Him; and to live the rest of your days in His holy presence, deprived, for His love, if He deems it appropriate, of the consolations of heaven and earth. Put your hand to the work; if you do it properly, rest assured that you will soon see the results; I will help you with my prayers, however meager they may be; I earnestly commend myself to yours and to those of your community, being to all, and to you most particularly,

Ah! si nous savions la nécessité que nous avons des grâces et des secours de Dieu, nous ne le perdrions jamais de vue, pas même un moment. Croyez-moi, faites dès à présent une sainte et ferme résolution de ne vous en éloigner jamais volontairement ; et de vivre le reste de vos jours en cette sainte présence, privée pour son amour, s’il le juge à propos, des consolations du ciel et de la terre. Mettez la main à l’oeuvre ; si vous le faites comme il faut, assurez-vous que vous en verrez bientôt les effets ; je vous y aiderai par mes prières, toutes pauvres qu’elles soient; je me recommande très instamment aux vôtres et â celles de votre communauté, étant â toutes, et à vous plus en particulier,

Your, etc.

Votre, etc.

 

 

   

 

 

 

 

THIRD LETTER
To The Same

A la même

 

 

 

 

   

Reverend and most honored Mother,

Ma Révérende et très honorée Mère,

I received from Mademoiselle de N. the rosaries you placed in her hands. I am surprised that you have not yet told me your opinion on the book I sent you, which you must have received; practice it diligently in your old age, it is better late than never.

J’ai reçu de Mademoiselle de N. les chapelets que vous lui avez mis entre les mains. Je m’étonne que vous ne me mandiez pas votre sentiment sur le livre que je vous ai envoyé, et que vous devez avoir reçu; pratiquez-le fortement sur vos vieux jours, il vaut mieux tard que jamais.

I cannot understand how religious people can live contentedly without the practice of God’s presence. For my part, I remain withdrawn with Him in the depths and center of my soul as much as I can, and when I am thus with Him, I fear nothing; but the slightest deviation is hell for me.

Je ne peux comprendre comment les personnes religieuses peuvent vivre contentes sans la pratique de la présence de Dieu. Pour moi, je me tiens retiré avec lui au fond et centre de mon âme autant que je peux, et lorsque je suis ainsi avec lui, je ne crains rien; mais le moindre détour m’est un enfer.

This exercise does not kill the body; however, it is appropriate to deprive it from time to time, and even often, of several small innocent and lawful consolations; for God does not allow a soul that wants to be entirely his to take consolations from other than him; this is more than reasonable.

Cet exercice ne tue pas le corps ; il est cependant â propos de le priver de temps en temps, et même souvent, de plusieurs petites consolations innocentes et licites ; car Dieu ne souffre pas qu’une âme qui veut être entièrement à lui, prenne d’autres consolations qu’avec lui ; cela est plus que raisonnable.

I am not saying that for this we should be very embarrassed, no, we must serve God in holy freedom; we must work faithfully, without disturbance or worry, gently and quietly recalling our mind to God, as many times as we find it distracted.

Je ne dis pas que pour cela il faille se gêner beaucoup, non, il faut servir Dieu dans une sainte liberté; il faut travailler fidèlement, sans trouble ni inquiétude, rappelant doucement et tranquillement notre esprit á Dieu, autant de fois que nous l’en trouvons distrait.

It is nevertheless necessary to place all our trust in God, to rid ourselves of all other cares, even of a number of particular devotions, however good, which we often take on inappropriately, since in the end these devotions are only means to reach the end; thus, when, by this exercise of the presence of God, we are with him who is our end, it is useless for us to return to the means; but we can continue with him our commerce of love, remaining in his holy presence, sometimes by an act of adoration, praise, desire, sometimes by an act of offering, thanksgiving, and in all the ways that our mind can invent.

Il est pourtant nécessaire de mettre toute sa confiance en Dieu, de se défaire de tous autres soins, même de quantité de dévotions particulières quoique très bonnes, mais dont on se charge souvent mal à propos, puisqu’enfin ces dévotions ne sont que des moyens pour arriver â la fin; ainsi, lorsque, par cet exercice de la présence de Dieu, nous sommes avec celui qui est notre fin, il nous est inutile de retourner aux moyens ; mais nous pouvons continuer avec lui notre commerce d’amour, demeurant en sa sainte présence, tantôt par un acte d’adoration, de louange, de désir, tantôt par un acte d’offrande, d’action de grâces, et en toutes les manières que notre esprit pourra inventer.

Do not be discouraged by the repugnance you feel towards nature; you must force yourself. Often, in the beginning, one believes it is a lost cause, but one must remain resolved to persevere until death and despite all difficulties. I commend myself to the prayers of the holy community, to yours in particular, and I am in Our Lord.

Ne vous découragez pas pour la répugnance que vous y sentiez du côté de la nature, il faut vous faire violence ; souvent, dans les commencements, on croit que c’est temps perdu, mais il faut continuer à se résoudre d’y persévérer jusqu’à la mort et malgré toutes les difficultés. Je me recommande aux prières de la sainte communauté, aux vôtres en particulier, et je suis en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

From Paris, November 3, 1685.

De Paris, le 3 novembre 1685.

   

 

 

 

 

FOURTH LETTER
To Mrs, N.

QUATRIÈME LETTRE
A madame N.

 

 

 

 

   

Madam,

Madame,

I pity you greatly; if you could leave the management of your affairs to Mr. and Mrs. N. and devote yourself entirely to praying to God, you would be staging a coup. He asks very little of us: a small remembrance from time to time, a little adoration, sometimes asking for his grace, occasionally offering him your sorrows, other times thanking him for the graces he has bestowed upon you and continues to bestow upon you, finding solace with him in the midst of your labors, as often as you can; during your meals and conversations, sometimes lift your heart to him; the smallest remembrance will always be very pleasing to him. There’s no need to shout it from the rooftops; he is closer to us than we think.

Je vous plains beaucoup ; si vous pouvez laisser le soin de vos affaires à Monsieur et à Madame N. et ne vous plus occuper qu’à prier Dieu, vous feriez un coup d’état. Il ne nous demande pas grand’chose, un petit souvenir de temps en temps, une petite adoration, tantôt lui demander sa grâce, quelquefois lui offrir vos peines, d’autres fois le remercier des grâces qu’il vous a faites et qu’il vous fait, au milieu de vos travaux vous consoler avec lui, le plus souvent même que vous pourrez; pendant vos repas et vos entretiens, élevez quelquefois vers lui votre coeur, le moindre petit souvenir lui sera toujours fort agréable, il ne faut pas pour cela crier bien haut, il est plus près de nous que nous ne pensons.

It is not necessary to always be in church to be with God; we can make our hearts an oratory into which we withdraw from time to time to converse with Him gently, humbly, and lovingly. Everyone is capable of these intimate conversations with God, some more so, others less: He knows what we are capable of. Let us begin; perhaps He expects nothing more from us than a generous resolve. Take heart, we have little time left to live: you are nearly sixty-four and I am approaching eighty. Let us live and die with God; sorrows will always be sweeter and more pleasant when we are with Him, and the greatest pleasures will be a cruel torment without Him. May He be blessed above all things. Amen.

Il n’est pas nécessaire d’être toujours à l’église pour être avec Dieu, nous pouvons faire de notre coeur un oratoire dans lequel nous nous retirons de temps en temps pour nous y entretenir avec lui doucement, humblement et amoureusement; tout le monde est capable de ces entretiens familiers avec Dieu, les uns plus, les autres moins : il sait ce que nous pouvons ; commençons, peut-être n’attend-il de nous qu’une généreuse résolution; courage, il nous reste peu de temps à vivre : vous avez près de soixante-quatre ans et moi j’approche de quatre-vingts ; vivons et mourons avec Dieu, les peines nous seront toujours plus douces et agréables quand nous serons avec lui, et les plus grands plaisirs nous seront sans lui un cruel supplice. Il soit béni de tout. Amen.

Gradually accustom yourselves to adoring Him in this way, to asking for His grace, to offering Him your heart from time to time during the day, amidst your work, at any moment if you can; do not constrain yourselves with rules or particular devotions, do it in faith, with love, and with humility; you can assure Monsieur and Madame de N. and Mademoiselle N. of my poor prayers, and that I am their servant, and in particular yours, in Our Lord.

Accoutumez-vous donc peu à peu à l’adorer de la sorte, à lui demander sa grâce, à lui offrir votre coeur de temps en temps pendant la journée, parmi vos ouvrages, à tout moment si vous le pouvez ; ne vous contraignez pas par des règles ou des dévotions particulières, faites-le en foi, avec amour, et avec humilité ; vous pouvez assurer Monsieur et Madame de N. et Mademoiselle N. de mes pauvres prières, et que je suis leur serviteur, et en particulier le vôtre, en Notre-Seigneur,

Brother, etc.

Frère, etc.

 

 

   

 

 

 

 

FIFTH LETTER
To To the Reverend Father N,

CINQUIÈME LETTRE
A Au révérend pre N

 

 

 

 

   

Reverend Father,

Mon Révérend Père,

Not finding my way of life in books, although I am not at all troubled by it, however for greater reassurance, I would be very glad to know your opinion on the state in which I find myself.

Ne trouvant pas ma manière de vie dans les livres, quoique je n’en sois aucunement en peine, cependant pour plus grande assurance, je serais bien aise de savoir votre sentiment sur l’état où je me trouve.

A few days ago, in a private conversation with a pious person, she told me that the spiritual life was a life of grace, which begins with servile fear, increases with the hope of eternal life, and is consummated by pure love, which each has to different degrees, through which one finally arrives at this happy consummation.

Il y a quelques jours que, dans une conférence particulière avec une personne de piété, elle me dit que la vie spirituelle était une vie de grâce, qui commence par la crainte servile, qui s’augmente par l’espérance de la vie éternelle, et qui se consomme par l’amour pur, que les uns et les autres ont de différents degrés par où l’on arrive enfin à cette heureuse consommation.

I did not follow all these methods; on the contrary, I do not know by what attraction, they frightened me at first, which was the cause that upon entering religion, I resolved to give myself entirely to God in satisfaction of my sins, and to renounce for love of him all that was not him.

Je n’ai point suivi toutes ces méthodes ; au contraire, je ne sais par quel attrait, elles me firent peur d’abord, ce qui fut cause qu’à mon entrée en religion, je pris la résolution de me donner tout à Dieu en satisfaction de mes péchés, et de renoncer pour son amour à tout ce qui n était point lui.

During the first few years, I usually occupied my prayers with thoughts of death, judgment, hell, paradise, and my sins. I continued in this way for a few years, carefully applying myself for the rest of the day, and even during my work, to the presence of God, whom I always considered close to me, often even in the depths of my heart. This gave me such a high esteem for God that faith alone was able to satisfy me on this point.

Pendant Ies premières années, je m’occupais dans mes oraisons ordinairement des pensées de la mort, du jugement, de l’enfer, du paradis et de mes.péchés. J’ai continué de la sorte pendant quelques années, m’appliquant soigneusement le reste du jour, et même pendant mon travail, à la présence de Dieu que je considérais toujours auprès de moi, souvent même dans le fond de mon coeur, ce qui me donna une si haute estime de Dieu, que la foi seule était capable de me satisfaire sur ce point.

I gradually did the same thing during my prayers, which brought me great joy and consolation: that’s how I began. I must tell you, however, that during the first ten years, I suffered greatly; the fear I had of not being with God as I wished, my past sins ever-present in my mind, and the great graces God bestowed upon me were the cause and source of all my woes. During all that time, I often fell and immediately rose again; it seemed to me that all creatures, reason, and even God himself were against me, and that faith alone was on my side. I was sometimes troubled by the thoughts that it was an effect of my presumption that I claimed to be so suddenly attained, where others arrive only with difficulty; at other times, that I was damning myself for my own sake, that there was no salvation for me.

Je fis insensiblement la même chose pendant mes oraisons, ce qui me causait de grandes douceurs et de grandes consolations : voilà par où j’ai commencé. Je vous dirai pourtant que durant les dix premières années, j’ai beaucoup souffert ; l’appréhension que j’avais de n’être pas à Dieu comme je l’eusse souhaité, mes péchés passés toujours présents à mes yeux, et les grandes grâces que Dieu me faisait étaient la matière et la source de tous mes maux; durant tout ce temps je tombais souvent, et je me relevais aussitôt ; il me semblait que les créatures, la raison, et Dieu même fussent contre moi, et que la foi seule fût pour moi. J’étais quelquefois troublé des pensées que c’était un effet de ma présomption que je prétendais être tout d’un coup où les autres n’arrivent qu’avec peine, d’autres fois que c’était me damner à plaisir, qu’il n’y avait point de salut pour moi.

When I thought of nothing but ending my days in these troubles and worries (which did not diminish the confidence I had in God and only served to increase my faith) I suddenly found myself changed, and my soul, which until then had always been in turmoil, felt a deep inner peace, as if it were at its center and in a place of rest.

Lorsque je ne pensais plus qu’à finir mes jours dans ces troubles et ces inquiétudes (qui n’ont rien diminué de la confiance que j’avais en Dieu et qui n’ont servi qu’à augmenter ma foi) je me trouvai tout d’un coup changé, et mon âme, qui jusqu’alors était toujours en trouble, se sentit dans une profonde paix intérieure, comme si elle était en son centre et en un lieu de repos.

Since that time, I have worked before God simply in faith, with humility and love, and I carefully strive to do nothing, say nothing, or think anything that might displease Him. I hope that when I have done all I can, He will do with me as He pleases.

Depuis ce temps-là, je travaille devant Dieu simplement en foi, avec humilité et avec amour, et je m’applique soigneusement à ne rien faire, à ne rien dire et à ne rien penser qui lui puisse déplaire. J’espère que lorsque j’aurai fait ce que j’aurai pu, qu’il fera de moi ce qu’il lui plaira.

To tell you now what is happening in me, I cannot express it; I feel no pain or doubt about my condition, as I have no other will than that of God which I try to accomplish in all things, and to which I am so subject that I would not lift a straw of earth against his order, nor for any other reason than his pure love.

Pour vous dire à présent ce qui se passe en moi, je ne le puis exprimer; je ne sens aucune peine ni aucun doute sur mon état, comme je n’ai pas d’autre volonté que celle de Dieu que je tâche d’accomplir en toutes choses, et à laquelle je suis si soumis que je ne voudrais pas lever une paille de terre contre son ordre, ni par un autre motif que son pur amour.

I have abandoned all my devotions and prayers which are not obligatory, and I occupy myself only with keeping myself always in His holy presence, in which I remain by a simple attention and a general and loving gaze in God, which I could call the actual presence of God, or to put it better, a mute and secret conversation of the soul with God, which hardly ever passes; which sometimes causes me contentments and joys inwardly, and often even outwardly, so great that, in order to moderate them and prevent them from appearing outwardly, I am forced to do outwardly several childish things, which smell more of madness than devotion.

J’ai quitté toutes mes dévotions et prières qui ne sont pas d’obligation, et je ne m’occupe qu’à me tenir toujours en sa sainte présence, en laquelle je me tiens par une simple attention et un regard général et amoureux en Dieu, que je pourrais nommer présence de Dieu actuelle, ou pour mieux dire un entretien muet et secret de l’âme avec Dieu, qui ne passe quasi plus ; ce qui me cause quelquefois des contentements et des joies intérieures, et souvent même extérieures, si grandes que, pour les modérer et empêcher qu’elles ne paraissent au-dehors, je suis contraint de faire à l’extérieur plusieurs puérilités, qui sentent plus la folie que la dévotion.

Finally, my Reverend Father, I cannot doubt that my soul has been with God for more than thirty years; I am passing over many things so as not to bore you, however I believe it is appropriate to show you how I consider myself before God whom I regard as my King.

Enfin, mon Révérend Père, je ne peux nullement douter que mon âme ne soit avec Dieu depuis plus de trente ans ; je passe beaucoup de choses pour ne pas vous ennuyer, je crois cependant qu’il est à propos de vous marquer de quelle manière je me considère devant Dieu que j’envisage comme mon Roi.

I see myself as the most wretched of all men, riddled with wounds, filled with stench, and having committed all manner of crimes against my King. Overcome with remorse, I confess all my misdeeds to him, beg his pardon, and surrender myself into his hands to be made with as he pleases. This King, full of kindness and mercy, far from punishing me, embraces me lovingly, feeds me at his table, serves me with his own hands, gives me the keys to his treasures, and treats me in every way like his favorite. He converses with me and delights in me constantly in a thousand and one ways, without ever mentioning my pardon or taking away my old habits. Though I beg him to make me according to his heart, I see myself ever weaker and more wretched, yet more favored by God. This is how I sometimes see myself in his holy presence.

Je me regarde comme le plus misérable de tous les hommes, déchiré de plaies, rempli de puanteurs, et qui a commis toutes sortes de crimes contre son Roi ; touché d’un sensible regret, je lui déclare toutes mes malices, je lui en demande pardon, je m’abandonne entre ses mains pour faire de moi ce qu’il lui plaira. Ce Roi plein de bonté et de miséricorde, bien loin de me châtier, m’embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors, et me traite en tout comme son favori; il s’entretient et se plaît sans cesse avec moi en mille et mille manières, sans parler de mon pardon, ni m’ôter mes premières habitudes ; quoique je le prie de me faire selon son coeur, je me vois toujours plus faible et plus misérable, cependant plus caressé de Dieu. Voilà comme je me considère de temps en temps en sa sainte présence.

My most ordinary way is this simple attention and this general and loving gaze upon God, to which I often feel attached with sweetness and satisfaction greater than that which a child attached to the breasts of his wet nurse enjoys; also, if I dared to use this term, I would gladly call this state: breasts of God, for the inexpressible sweetness which I taste and experience there.

Ma manière la plus ordinaire est cette simple attention et ce regard général et amoureux en Dieu, où je me sens souvent attaché avec des douceurs et des satisfactions plus grandes que celles que goûte un enfant attaché aux mamelles de sa nourrice ; aussi, si j’osais me servir de ce terme, j’appellerais volontiers cet état : mamelles de Dieu, pour les douceurs inexprimables que j’y goûte et dont j’y fais l’expérience.

If at times I turn away from it out of necessity or infirmity, I am immediately drawn back by such charming and delightful inner promptings that I am embarrassed to speak of them. I beg you, my Reverend Father, to reflect rather on my great miseries, of which you are fully aware, than on these great graces with which God favors my soul, unworthy and ungrateful as I am.

Si quelquefois je m’en détourne par nécessité ou par infirmité, on me rappelle aussitôt par des mouvements intérieurs si charmants et si délicieux que je suis confus d’en parler. Je vous prie, mon Révérend Père, de réfléchir plutôt sur mes grandes misères dont vous êtes pleinement instruit, que sur ces grandes grâces dont Dieu favorise mon âme, tout indigne et méconnaissant que je suis.

As for my hours of prayer, they are now nothing more than a continuation of this same exercise; sometimes I consider myself as a stone before a sculptor from which he wants to make a statue; presenting myself thus before God I pray him to form in my soul his perfect image and to make me entirely like him.

Pour ce qui est de mes heures d’oraison, elles ne sont plus qu’une continuation de ce même exercice ; quelquefois je m’y considère comme une pierre devant un sculpteur de laquelle il veut faire une statue ; me présentant ainsi devant Dieu je le prie de former en mon âme sa parfaite image et de me rendre entièrement semblable à lui.

At other times, as soon as I apply myself, I feel my whole mind and soul rise without any care or effort, and it remains as if suspended and fixedly stopped in God as in its center and in a place of rest.

D’autres fois, aussitôt que je m’applique, je sens tout mon esprit et toute mon âme s’élever sans aucun soin ni effort, et elle demeure comme suspendue et fixement arrêtée en Dieu comme en son centre et en un lieu de repos.

I know that some people describe this state as idleness, deceit, and self-love; I admit that it is a holy idleness and a happy self-love, if the soul in this state were capable of it, since indeed when it is in this rest it cannot suffer disturbance from the acts that were done before and which were its support, but which would be more capable of harming it than helping it.

Je sais que quelques-uns traitent d’oisiveté, de tromperie et d’amour-propre cet état; j’avoue que c’est une sainte oisiveté et un heureux amour-propre, si l’âme en cet état en était capable, puisqu’en effet lorsqu’elle est en ce repos elle ne peut souffrir de trouble par les actes que l’on faisait auparavant et qui étaient son appui, mais qui seraient plutôt capables de lui nuire que de l’aider.

However, I cannot bear for it to be called deception, since the soul that enjoys God there desires only Him; if it is deception within me, it is for Him to remedy it; let Him do with me as He pleases, I desire only Him and wish to be entirely His. You will oblige me, however, by letting me know your opinion, to which I always greatly defer, for I have a very special esteem for Your Reverence, and am in Our Lord,

Je ne peux cependant souffrir qu’on l’appelle tromperie, puisque l’âme qui y jouit de Dieu n’y veut que lui ; si c’est tromperie en moi, c’est à lui d’y remédier; qu’il fasse de moi ce qu’il lui plaira, je ne veux que lui et veux être tout à lui. Vous m’obligerez pourtant de me mander votre sentiment, auquel je défère toujours beaucoup, car j’ai une estime toute particulière de votre Révérence, et suis en Notre-Seigneur,

My Reverend Father,

Mon Révérend Père,

Your, etc.

Votre, etc.

   

 

 

 

 

SIXTH LETTER
To the Reverend Mother N,

SIXIÈME LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend and Most Honored Mother,

Ma Révérende et très honorée Mère,

My prayers, though of little value, will not fail you, I have promised you, I will keep my word. How happy we would be if we could find the treasure spoken of in the Gospel; all the rest would seem nothing to us. As it is infinite, the more we search for it, the more riches we find; let us constantly strive to find it, let us not grow weary until we have found it.

Mes prières, quoique de peu de valeur, ne vous manqueront pas, je vous l’ai promis, je vous garderai ma parole. Que nous serions heureux si nous pouvions trouver le tré sor dont parle l’Évangile; tout le reste ne nous paraîtrait rien. Comme il est infini, plus on y fouille, plus on y trouve de richesses ; occupons-nous sans cesse à le chercher, ne nous lassons pas jusqu’à ce que nous l’ayons trouvé.

(He then speaks of some specific matters, and further down he says:)

(Il parle ensuite de quelques affaires particulières, et plus bas il dit:)

Finally, my Reverend Mother, I do not know what will become of me. It seems that peace of soul and repose of mind come to me while I sleep. If I were capable of pain, it would be to have none, and if it were permitted, I would gladly console myself with the fact that there is a Purgatory, where I believe I suffer for the satisfaction of my sins; I do not know what God is keeping for me, I am in such great tranquility that I fear nothing; what could I fear when I am with Him? I cling to this as best I can; may He be blessed above all, Amen.

Enfin, ma Révérende Mère, je ne sais ce que je deviendrai. Il semble que la paix de l’âme et le repos d’esprit me viennent en dormant. Si j’étais capable de peine, ce serait de n’en point avoir, et s’il m’était permis, je me consolerais volontiers de ce qu’il y a un Purgatoire, où je crois souffrir pour la satisfaction de mes péchés ; je ne sais ce que Dieu me garde, je suis dans une tranquillité si grande que je ne crains rien; que pourrais-je craindre quand je suis avec lui? Je m’y tiens le plus que je peux; il soit béni de tout, Amen.

Your, etc.

Votre, etc.

   

 

 

 

 

SEVENTH LETTER
To Mrs. N.

SEPTIÈME LETTRE
A Madame N.

 

 

 

 

   

Madam,

Madame,

We have an infinitely good God who knows what we need; I have always believed that he would bring you to the brink, he will come in his time, and when you least expect it; hope in him more than ever, thank him with me for the graces he gives you, particularly for the strength and patience he gives you in your afflictions, it is a clear sign of the care he has for you; console yourselves therefore with him and thank him for everything.

Nous avons un Dieu infiniment bon et qui sait ce qu’il nous faut ; j’ai toujours cru qu’il vous réduirait à l’extrémité, il viendra en son temps, et lorsque vous y penserez le moins; espérez en lui plus que jamais, remerciez-le avec moi des grâces qu’il vous fait, particulièrement de la force et de la patience qu’il vous donne en vos afflictions, c’est une marque évidente du soin qu’il a de vous ; consolez-vous donc avec lui et le remerciez de tout.

I also admire the strength and courage of Monsieur de N. God has given him a good nature and a good will, but there is still a little bit of worldliness and a lot of youth; I hope that the affliction that God has sent him will serve as a salutary medicine, and that it will make him return to himself; it is an opportunity to encourage him to put all his trust in the one who accompanies him everywhere, that he should remember this as often as he can, especially in the greatest dangers.

J’admire aussi la force et le courage de Monsieur de N. Dieu lui a donné un bon naturel et une bonne volonté, mais il y a encore un peu de monde et beaucoup de jeunesse ; j espère que l’affliction que Dieu lui a envoyée lui servira d’une médecine salutaire, et qu’elle le fera rentrer en lui-même; c’est une occasion pour l’engager à mettre toute sa confiance en celui qui l’accompagne partout, qu’il s’en souvienne le plus souvent qu’il pourra, surtout dans les plus grands dangers.

A small act of devotion is enough; a brief remembrance of God, an inner adoration, even while running with sword in hand, are prayers which, short as they may be, are nevertheless very pleasing to God, and which, far from causing those engaged in arms to lose courage in the most dangerous situations, strengthen them. Let him therefore remember this as much as he can, let him gradually become accustomed to this small but holy practice; no one notices it, and nothing is easier than to repeat these little acts of inner adoration often during the day. Please recommend to him that he remember God as much as he can in the way I describe here: it is very fitting and very necessary for a soldier exposed every day to the dangers of his life and often of his salvation; I hope that God will assist him and all the family, whom I greet and send my regards to all in general and in particular.

Une petite élévation de coeur suffit; un petit souvenir de Dieu, une adoration intérieure, quoiqu’en courant et l’épée à la main, sont des prières qui, pour courtes qu’elles soient, sont cependant très agréables à Dieu, et qui, bien loin de faire perdre le courage dans les occasions les plus dangereuses à ceux qui sont engagés dans les armes, les fortifient. Qu’il s’en souvienne donc le plus qu’il pourra, qu’il s’accoutume peu à peu à ce petit, mais saint exercice ; personne n’en voit rien, il n’est rien de plus facile que de réitérer souvent pendant la journée ces petites adorations intérieures. Recommandez-lui, s’il vous plaît, qu’il se souvienne le plus qu’il pourra de Dieu en la manière que je lui marque ici : elle est fort propre et très nécessaire pour un soldat tous les jours exposé dans les dangers de sa vie et souvent de son salut ; j’espère que Dieu l’assistera et toute la famille que je salue, et suis à tous en général et en particulier,

Very humbly, etc.

Très humble, etc.

October 12, 1688.

12 octobre 1688.

   

 

 

 

 

EIGHTH LETTER
To the Reverend Mother N,

HUITIÈME LETTRE
A  la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend and Most Honored Mother,

Ma Révérende et très honorée Mère,

You tell me nothing new, you are not the only one agitated by thoughts; our mind is extremely fickle, but since the will is the mistress of all our powers, it must recall it and carry it to God as to its ultimate end.

Vous ne me mandez rien de nouveau, vous n’êtes pas la seule agitée de pensées ; notre esprit est extrêmement volage, mais la volonté étant la maîtresse de toutes nos puissances, elle doit le rappeler et le porter à Dieu comme à sa dernière fin.

When the mind, which has not been restrained in the beginnings, has contracted some wicked habits of straying and dissipation, they are difficult to overcome, and usually they lead us against our will to earthly things.

Lorsque l’esprit, qui n’a pas été réduit dans les commencements, a contracté quelques méchantes habitudes d’égarement et de dissipation, elles sont difficiles à vaincre, et ordinairement elles nous entraînent malgré nous aux choses de la terre.

I believe that a remedy for this is to confess our faults and humble ourselves before God; I do not advise you to talk much during prayer, long speeches often being occasions for straying; stand before God like a poor mute and a paralytic at the door of a rich man, occupy yourself with keeping your mind in the presence of the Lord; if it strays and withdraws sometimes, do not worry about it, disturbances of the mind serve rather to distract it than to recall it: the will must calmly recall it; if you persevere in this way, God will have mercy on you.

Je crois qu’un remède à cela est d’avouer nos fautes, et de nous humilier devant Dieu; je ne vous conseille pas de beaucoup discourir à l’oraison, les longs discours étant souvent des occasions d’égarement ; tenez-vous-y áevant Dieu comme un pauvre muet et un paralytique à la porte d’un riche, occupez-vous à tenir votre esprit en la présence du Seigneur; s’il s’égare et s’en retire quelquefois, ne vous en inquiétez pas, les troubles de l’esprit servent plutôt à le distraire qu’à le rappeler : il faut que la volonté le rappelle tranquillement; si vous persévérez de la sorte, Dieu aura pitié de vous.

One way to easily recall the mind during prayer time and to keep it more at rest is not to let it wander much during the day; it must be kept exactly in the presence of God; and being accustomed to remembering it from time to time, it will be easy to remain calm during your prayers or at least to recall it from its wanderings.

Un moyen de rappeler facilement l’esprit pendant le temps de l’oraison et de le tenir plus en repos, est de ne lui pas laisser prendre beaucoup d’essor pendant la journée ; il faut le tenir exactement en la présence de Dieu ; et étant habituée à vous en souvenir de temps en temps, il sera facile de demeurer tranquille pendant vos oraisons ou au moins de le rappeler de ses égarements.

I have spoken at length in my other letters about the benefits that can be derived from this practice of God’s presence. Let us devote ourselves to it seriously and pray for one another; I also commend myself to the prayers of Sister N. and Reverend Mother N. and am with all of you in Our Lord.

Je vous ai parlé amplement dans mes autres lettres des avantages qu’on peut tirer de cette pratique de la présence de Dieu. Occupons-nous-y sérieusement et prions les uns pour les autres; je me recommande aussi aux prières de la soeur N. et de la révérende mère N. et suis à toutes en Notre-Seigneur,

Very humbly, etc.

Très humble, etc.

 

 

   

 

 

 

 

NINTH LETTER
To The Same

NEUVIÈME LETTRE
A la même

 

 

 

 

   

Here is the reply to the one I received from our good Sister .; please take the trouble to give it to her. She seems full of good intentions, but she wants to go faster than grace can take hold. One doesn’t become a saint all at once. I recommend her to you; we must help one another with our advice, and even more so with our good examples. You will oblige me by letting me know from time to time how she is doing, and whether she is truly devout and obedient.

Voici la réponse à celle que j’ai reçue de notre bonne soeur N. ; prenez la peine de la lui donner. Elle me paraît pleine de bonne volonté, mais elle voudrait aller plus vite que la grâce. On n’est pas saint tout d’un coup. Je vous la recommande, nous devons nous aider les uns les autres par nos-conseils, et encore plus par nos bons exemples; vous m’obligerez de me faire savoir de temps en temps de ses nouvelles, et si elle est bien fervente et bien obéissante.

Let us often think, my dear Mother, that our sole purpose in this life is to please God; what can everything else be but folly and vanity? We have spent more than forty years in religious life; have we used them to love and serve God, who in His mercy called us there for this very reason? I am filled with shame and confusion when I reflect, on the one hand, on the great graces that God has bestowed upon me and continues to bestow upon me, and on the other hand, on the misuse I have made of them and my meager progress on the path to perfection.

Pensons souvent, ma chère Mère, que notre unique affaire en cette vie est de plaire à Dieu ; que peut être tout le reste, que folie et vanité ? Nous avons passé plus de quarante années en religion, les avons-nous employées à aimer et servir Dieu qui par sa miséricorde nous y avait appelés pour cela? Je suis rempli de honte et de confusion quand je réfléchis d’un côté sur les grandes grâces que Dieu m’a faites et qu’il continue sans cesse de me faire, et de l’autre sur le mauvais usage que j’en ai fait et sur mon peu de profit dans le chemin de la perfection.

Since in His mercy He grants us a little more time, let us begin anew, make up for lost time, and return with complete trust to this loving Father, who is always ready to receive us with love. Let us renounce, my dear Mother, let us generously renounce for His love all that is not Him; He deserves infinitely more. Let us think of Him constantly, let us place all our trust in Him. I have no doubt that we will soon experience the effects and feel the abundance of His graces, with which we can do all things, and without which we can only sin.

Puisque par sa miséricorde il nous donne encore un peu de temps, commençons tout de bon, réparons le temps perdu, retournons avec une entière confiance à ce père de bonté, qui est toujours prêt à nous recevoir amoureusement. Renonçons, ma chère Mère, renonçons généreusement pour son amour à tout ce qui n’est point lui, il en mérite infiniment davantage ; pensons à lui sans cesse, mettons en lui toute notre confiance, je ne doute pas que nous n’en expérimentions bientôt les-effets, et que nous ne ressentions l’abondance de ses grâces, avec lesquelles nous pouvons tout, et sans lesquelles nous ne pouvons que le péché.

We cannot avoid the dangers and pitfalls that fill life without God’s constant and present help; let us continually ask Him for it. How can we ask Him without being with Him? How can we be with Him except by thinking of Him often? How can we think of Him often except through a holy habit that we must cultivate? You will tell me that I always say the same thing. It is true; I know of no more suitable or easier way than this; and since I practice no other, I advise it to everyone. We must know before we can love; to know God, we must often think of Him; and when we love Him, we will think of Him just as often, for our heart is where our treasure is! Let us think of Him often, and let us think of Him well.

Nous ne pouvons éviter les dangers et les écueils dont la vie est pleine, sans un secours actuel et continuel de Dieu ; demandons-le-lui continuellement. Comment le demander sans être avec lui ? Comment être avec lui qu’en y pensant souvent ? Comment y penser souvent que par une sainte habitude qu’il faut s’en former? Vous me direz que je vous dis toujours la même chose. Il est vrai ; je ne connais pas de moyen plus propre, ni plus facile que celui-là; et comme je n’en pratique pas d’autre, je le conseille à tout le monde. Il faut connaître avant que d’aimer ; pour connaître Dieu il faut souvent penser à lui ; et quand nous l’aimerons, nous y penserons aussi fort souvent, car notre coeur est où est notre trésor! Pensons-y souvent, et pensons-y bien,

Yours very humble, etc.

Votre très humble, etc.

March 28, 1689.

28 mars 1689.

   

 

 

 

 

TENTH LETTER
To Mrs. Ar.

DIXIÈME LETTRE
A Madame Ar.

 

 

 

 

   

Madam,

Madame,

I found it very difficult to bring myself to write to Mr. de N. I am doing so only because you and Mrs. de N. wish it. Please take the trouble to include the address and have it delivered. I am very pleased with the trust you have in God, and I pray that He will increase it more and more. We can never have too much faith in such a good and faithful friend who will never fail us, either in this world or the next.

J’ai eu bien de la peine de me résoudre à écrire à M. de N. Je ne le fais que parce que vous et Madame de N. le souhaitez. Prenez donc la peine d’y mettre l’adresse et de la faire tenir. Je suis bien satisfait de la confiance que vous avez en Dieu, je souhaite qu’il vous l’augmente de plus en plus. Nous n’en saurions trop avoir en un ami si bon et si fidèle qui ne nous manquera jamais ni en ce monde ni en l’autre.

If Monsieur de N. knows how to profit from his loss, and if he places all his trust in God, He will soon give him another friend, more powerful and better-intentioned: He disposes of hearts as He wills; perhaps there was too much naturalness and too much attachment to the one he lost; we must love our friends, but without prejudice to the love of God, which must come first. Remember, I beg you, what I have recommended to you, which is to think of God often, day and night, in all your occupations, your exercises, even during your amusements; He is always near you and with you, do not leave Him alone: ​​you would consider it uncivil to leave alone a friend who comes to visit you. Why abandon God and leave Him alone? Do not forget Him! Think of Him often, adore Him constantly, live and die with Him; this is the beautiful occupation of a Christian; in short, it is our calling. If we do not know, we must learn it; I will help you with my prayers. I am in Our Lord.

Si Monsieur de N. sait profiter de la perte qu’il a faite, et qu’il mette toute sa confiance en Dieu, il lui donnera bientôt un autre ami plus puissant et mieux intentionné : il dispose des coeurs comme il veut ; peut-être y avait-il trop de naturel et trop d’attache pour celui qu’il a perdu; nous devons aimer nos amis, mais sans préjudice de l’amour de Dieu qui doit être le premier. Souvenez-vous, je vous prie, de ce que je vous ai recommandé, qui est de penser souvent à Dieu le jour, la nuit, en toutes vos occupations, vos exercices, même pendant vos divertissements; il est toujours auprès de vous et avec vous, ne le laissez pas seul : vous croiriez être incivile de laisser seul un ami qui vous rendrait visite. Pourquoi abandonner Dieu et le laisser seul ? Ne l’oubliez donc pas ! Pensez souvent à lui, adorez-le sans cesse, vivez et mourez avec lui, c’est là la belle occupation d’un chrétien; en un mot, c’est notre métier; si nous ne le savons pas, il faut l’apprendre, je vous y aiderai par mes prières. Je suis en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

From Paris, October 29, 1689.

De Paris, le 29 octobre 1689.

   

 

 

 

 

ELEVENTH LETTER
To the Reverend Mother N,

ONZIÈME LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend and Most Honored Mother,

Ma Révérende et très honorée Mère,

I do not ask God for deliverance from your sufferings, but I earnestly ask Him to give you the strength and patience to endure them for as long as He sees fit. Take comfort in Him who holds you fastened to the cross; He will release you when He deems it appropriate. Blessed are those who suffer with Him; become accustomed to suffering with Him and ask Him for the strength to endure all that He wills and for as long as He judges necessary. The world does not understand these truths, and I am not surprised by this, for they suffer as worldly people and not as Christians; they regard illnesses as punishments of nature, and not as graces from God, and in this respect they find nothing but what is contrary and harsh to nature. But those who consider them as coming from the hand of God, as effects of His mercy and means by which He works for their salvation, usually experience great sweetness and profound consolation.

Je ne demande pas à Dieu la délivrance de vos peines, mais je lui demande instamment qu’il vous donne des forces et la patience pour les souffrir aussi longtemps qu’il lui plaira. Consolez-vous avec celui qui vous tient attachée sur la croix, il vous en détachera quand il le jugera à propos. Heureux ceux qui souffrent avec lui, accoutumez-vous à y souffrir et demandez-lui des forces pour souffrir tout ce qu’il voudra et autant de temps qu’il jugera vous être nécessaire. Le monde ne comprend pas ces vérités et je ne m’en étonne pas, c’est qu’ils souffrent en gens du monde et non pas en chrétiens ; ils regardent les maladies comme des peines de la nature, et non pas comme des grâces de Dieu, et par cet endroit ils n’y trouvent rien que de contraire et de rude à la nature; mais ceux qui les considèrent venant de la main de Dieu, comme des effets de sa miséricorde et des moyens dont il se sert pour leur salut, y goûtent ordinairement de grandes douceurs et de sensibles consolations.

I would like you to be able to persuade yourselves that God is often closer to us in times of illness and infirmity than when we enjoy perfect health; do not seek any other physician than Him; as I can understand, He wants to heal you alone; put all your trust in Him, you will soon see the effects which we often delay by placing more trust in remedies than in God.

Je voudrais que vous vous puissiez persuader que Dieu est souvent plus près de nous dans le temps des maladies et des infirmités, que lorsque nous jouissons d’une parfaite santé; ne cherchez pas d’autre médecin que lui; à ce que je peux comprendre, il veut vous guérir seul ; mettez toute votre confiance en lui, vous en verrez bientôt les effets que nous retardons souvent par une plus grande confiance aux remèdes qu’en Dieu.

Whatever remedies you use will only work to the extent that He allows; when suffering comes from God, He alone can heal it; He often leaves us with physical ailments to heal those of the soul. Take comfort in the supreme physician of souls and bodies.

Quelques remèdes dont vous vous serviez, ils n’agiront qu’autant qu’il le permettra; quand les douleurs viennent de Dieu, lui seul les peut guérir; il nous laisse souvent les maladies du corps pour guérir celles de l’âme. Consolez-vous avec le souverain médecin des âmes et des corps.

I anticipate you will tell me that I am very fortunate, that I eat and drink at the Lord’s table: you are right; but do you think it would be a small punishment for the greatest criminal in the world to eat at the King’s table and be served by his hands, without being assured of his pardon? I believe he would feel a very great pain, which only trust in the goodness of his Sovereign could moderate. Therefore, I can assure you that however much pleasure I feel in eating and drinking at my King’s table, my sins, ever-present before my eyes, as well as the uncertainty of my pardon, torment me; though, in truth, the pain is agreeable to me.

Je prévois que vous me direz que je l’ai fort aisé, que je bois et mange à la table du Seigneur : vous avez raison ; mais pensez-vous que ce serait une petite peine au plus grand criminel du monde de manger à la table du Roi et d’être servi de ses mains, sans être pourtant assuré de son pardon. Je crois qu’il en ressentirait une très grande peine que la seule confiance en la bonté de son Souverain pourrait modérer. Aussi puis-je vous assurer que quelque douceur que je ressente en buvant et mangeant à la table de mon Roi, mes péchés toujours présents devant mes yeux, aussi bien que l’incertitude de mon pardon, me tourmentent ; quoiqu’à la vérité la peine me soit agréable.

Be content with the state God has placed you in; however fortunate you may think me, I envy you. Pain and suffering will be paradise to me when I suffer with God, and the greatest pleasures would be hell if I experienced them without Him; my only consolation would be to suffer something for Him.

Contentez-vous de l’état où Dieu vous a mise; quelque heureux que vous me croyiez, je vous porte envie. Les douleurs et les souffrances me seront un paradis quand je souffrirai avec Dieu, et les plus grands plaisirs me seraient un enfer, si je les goûtais sans lui ; toute ma consolation serait de souffrir quelque chose pour lui.

I am soon to go and see God, I mean to give an account to Him. For if I had seen God for even a single moment, the pains of Purgatory would be sweet to me, even if they were to last until the end of the world. What consoles me in this life is that I see God through faith; and I see Him in a way that might sometimes lead me to say: I no longer believe, but I see, I experience what faith teaches us; and on this assurance and this practice of faith, I will live and die with Him.

Je suis bientôt sur le point d’aller voir Dieu, je veux dire de lui aller rendre compte. Car si j’avais vu Dieu un seul moment, les peines du Purgatoire me seraient douces, dussent-elles durer jusqu’à la fin du monde. Ce qui me console en cette vie est que je vois Dieu par la foi ; et je le vois d’une manière qui pourrait me faire dire quelquefois : je ne crois plus, mais je vois, j’expérimente ce que la foi nous enseigne; et sur cette assurance et cette pratique de la foi, je vivrai et mourrai avec lui.

Therefore, always remain with God; it is the only true relief from your suffering. I pray that He will keep you company. I greet the Reverend Mother Prioress, I commend myself to her holy prayers, to those of the holy community, and to yours, and I am in Our Lord.

Tenez-vous donc toujours avec Dieu, c’est le seul et unique soulagement à vos maux; je le prierai de vous tenir compagnie. Je salue la Révérende Mère Prieure, je me recommande à ses saintes prières, à celles de la sainte communauté et aux vôtres, et suis en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

November 17, 1690.

Ce 17 novembre 1690.

   

 

 

 

 

TWELFTH LETTER
To the Reverend Mother N,

DOUZIÈME LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

Reverend Mother,

Ma Révérende Mère,

Since you so eagerly wish me to share with you the method I have used to attain this state of God’s presence into which Our Lord, in His mercy, has graciously placed me, I cannot conceal from you that it is with great reluctance that I yield to your importunities, but only on the condition that you do not share my letter with anyone. If I knew that you were going to show it, all my desire for your perfection would not be enough to persuade me to do so. Here is what I can tell you about it.

Puisque vous souhaitez avec tant d’empressement que je vous fasse part de la méthode que j’ai gardée pour arriver à cet état de présence de Dieu où Notre-Seigneur par sa miséricorde a bien voulu me mettre, je ne peux vous celer que c’est avec bien de la répugnance que je me laisse gagner à vos importunités, mais encore avec cette condition que vous ne communiquiez ma lettre à personne. Si je savais que vous dussiez la faire voir, tout le désir que j’ai de votre perfection ne serait pas capable de m’y résoudre. Voici ce que je peux vous en dire.

Having found in several books different methods for approaching God and various practices of the spiritual life , I believed that this would serve more to confuse my mind than to facilitate what I desired and sought, which was nothing other than a means of being entirely God’s. This led me to resolve to give everything for everything. Thus, after giving myself entirely to God in atonement for my sins, I renounced, for love of Him, everything that was not Him, and I began to live as if there were only Him and me in the world. I sometimes considered myself before Him as a poor criminal at the feet of His Judge, at other times I regarded Him in my heart as my Father, as my God. I worshipped Him there as often as I could, keeping my mind in His holy presence, and recalling Him as often as I found it distracted. I found this exercise quite difficult, but I continued it despite all the challenges I encountered, without becoming troubled or worried when I was involuntarily distracted. I devoted no less time to it during the day than to my prayers; for at all times, at every hour and moment, even in the midst of my work, I banished and removed from my mind everything that could take away the thought of God.

Ayant trouvé dans plusieurs livres des méthodes différentes pour aller à Dieu et diverses pratiques de la vie spirituelle, j’ai cru que cela servirait plutôt à embarrasser mon esprit qu’à me faciliter ce que je prétendais et que je cherchais, et qui n’était autre chose qu’un moyen d’être tout à Dieu; ce qui me fit résoudre à donner le tout pour le tout; ainsi, après m’être donné tout à Dieu en satisfaction de mes péchés, je renonçai pour son amour à tout ce qui n’était point lui, et je commençai à vivre comme s’il n’y avait que lui et moi au monde; je me considérais quelquefois devant lui comme un pauvre criminel et aux pieds de son Juge, d’autres fois je le regardais dans mon coeur comme mon Père, comme mon Dieu. Je l’y adorais le plus souvent que je pouvais, tenant mon esprit en sa sainte présence, et le rappelant autant de fois que je l’en trouvais distrait. Je n’eus pas peu de peine à cet exercice que je continuais malgré toutes les difficultés que j’y rencontrais, sans me troubler ni m’inquiéter lorsque j’étais distrait involontairement. Je ne m’y occupais pas moins pendant la journée que pendant mes oraisons ; car en tout temps, à toute heure et à tout moment, dans le plus fort même de mon travail, je bannissais et éloignais de mon esprit tout ce qui était capable de m’ôter la pensée de Dieu.

This, Reverend Mother, is my usual practice since entering religious life; although I have practiced it only with much cowardice and imperfection, I have nevertheless received very great benefits from it. I know well that these must be attributed to the mercy and goodness of the Lord, since we can do nothing without Him, and I even less than anyone else; but when we are faithful in remaining in His holy presence, in always considering Him before us, besides preventing us from offending Him and doing anything that might displease Him, at least intentionally, it is because, by dint of considering Him in this way, we take a holy liberty in asking Him for the graces we need. Finally, it is because, by dint of repeating these acts, they become more familiar to us, and the presence of God becomes almost natural. Please thank Him with me for His great kindness towards me, which I cannot sufficiently admire for the many graces He has bestowed upon such a wretched sinner as myself; may He be blessed above all things. Amen. I am in Our Lord.

Voilà, ma Révérende Mère, ma pratique ordinaire depuis que je suis en religion ; quoique je ne l’aie pratiquée qu’avec beaucoup de lâcheté et d’imperfections, j’en ai cependant reçu de très grands avantages. Je sais bien que c’est à la miséricorde et à la bonté du Seigneur qu’il faut les attribuer, puisque nous ne pouvons rien sans lui, et moi encore moins que tous les autres ; mais lorsque nous sommes fidèles à nous tenir en sa sainte présence, à le considérer toujours devant nous, outre que cela nous empêche de l’offenser et de rien faire qui lui puisse déplaire, au moins volontairement, c’est qu’à force de le considérer de la sorte nous prenons une sainte liberté pour lui demander les grâces dont nous avons besoin. Enfin, c’est qu’à force de réitérer ces actes, ils nous deviennent plus familiers et la présence de Dieu devient comme naturelle. Remerciez-le, s’il vous plaît, avec moi, de sa grande bonté à mon égard, que je ne peux assez admirer pour le grand nombre des grâces qu’il a faites à un aussi misérable pécheur que moi ; il soit béni de tout. Amen. Je suis en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

   

 

 

 

 

THIRTEENTH LETTER
To the Reverend Mother N,

TREIZIÈME LETTRE
A la révérende mère N

 

 

 

 

   

My good Mother,

Ma bonne Mère,

If we were well accustomed in the exercise of God’s presence, all the diseases of the body would be light for us; often God allows us to suffer a little in order to purify our soul, and to oblige us to remain with him; I cannot understand that a soul which is with God and which only wants him to be capable of pain, I even have enough experience not to doubt it.

Si nous étions bien habitués dans l’exercice de la présence de Dieu, toutes les maladies du corps nous en seraient légères; souvent Dieu permet que nous souffrions un peu pour purifier notre âme, et nous obliger de demeurer avec lui; je ne peux comprendre qu’une âme qui est avec Dieu et qui ne veut que lui soit capable de peine, j’ai même assez d’expérience pour n’en pas douter.

Take courage, offer him your sorrows constantly, ask him for strength to suffer them, above all get used to conversing with him often, and forget him as little as you can; adore him in your infirmities, offer them to him from time to time, and in the worst of your pains humbly and lovingly ask him, like a child to his good father, for conformity to his holy will and the help of his grace; I will help you with my poor and meager prayers.

Prenez courage, offrez-lui sans cesse vos peines, demandez-lui des forces pour les souffrir, surtout accoutumez-vous à vous entretenir souvent avec lui, et ne l’oubliez que le moins que vous pourrez; adorez-le dans vos infirmités, offrez-lui de temps en temps, et dans le plus fort de vos douleurs demandez-lui humblement et amoureusement, comme un enfant à son bon père, la conformité à sa sainte volonté et le secours de sa grâce; je vous y aiderai par mes pauvres et chétives prières.

God has many ways to draw us to himself; he sometimes hides himself from us, but faith alone, which will not fail us in times of need, must be our support and the foundation of our trust, which must be entirely in God.

Dieu a plusieurs moyens pour nous attirer à lui ; il se cache quelquefois de nous, mais la foi seule, qui ne nous manquera pas au besoin, doit être notre soutien et le fondement de notre confiance qui doit être toute en Dieu.

I don’t know what God wants to do with me, I am always more content; everyone else is suffering, and I, who should be doing rigorous penances, feel such continuous and great joys that I have difficulty moderating them.

Je ne sais ce que Dieu veut faire de moi, je suis toujours plus content; tout le monde souffre, et moi qui devrais faire des pénitences rigoureuses, je sens des joies si continuelles et si grandes, que j’ai de la peine à les modérer.

I would gladly ask God for some of your sorrows, were I not aware of my own weakness, which is so great that, if He were to leave me to myself for a moment, I would be the most wretched of all creatures. I do not know, however, how He could leave me alone, since faith allows me to grasp Him, and He never departs from us unless we depart from Him first; let us fear to depart from Him, let us always be with Him, let us live and die with Him; pray to Him for me and I for you.

Je demanderais volontiers à Dieu une partie de vos douleurs, si je ne connaissais ma faiblesse qui est si grande que, s’il me laissait pour un moment à moi-même, je serais la plus misérable de toutes les créatures. Je ne sais cependant comment il pourrait me laisser seul, puisque la foi me le fait toucher au doigt, et qu’il ne s’éloigne jamais de nous que nous ne nous éloignions les premiers ; craignons de nous en éloigner, soyons toujours avec lui, vivons et mourons avec lui; priez-le pour moi et moi pour vous,

Your, etc.

Votre, etc.

November 28, 1690.

28 novembre 1690.

   

 

 

 

 

FOURTEENTH LETTER
To The Same

QUATORZIÈME LETTRE
A la même

 

 

 

 

   

My dear Mother,

Ma bonne Mère,

It pains me to see you suffer for so long; what softens the compassion I feel for your pain is that I am convinced that it is proof of God’s love for you; look at it from this perspective, and it will be easy for you to bear; my thought is that you should abandon all human remedies, that you should surrender yourself entirely to divine Providence, perhaps God is only waiting for this surrender and perfect trust in Him to heal you; since despite all your efforts the remedies do not have the effect they should have, and on the contrary, the illness increases, it is no longer tempting God to abandon yourself into His hands and expect everything from Him.

J’ai de la peine de vous voir si longtemps souffrir; ce qui adoucit la compassion que j’ai de vos douleurs, est que je suis persuadé qu’elles sont des preuves de l’amour que Dieu a pour vous ; regardez-les par cet endroit, elles vous seront faciles à supporter; ma pensée est que vous quittiez tous les remèdes humains, que vous vous abandonniez entièrement à la divine Providence, peut-être Dieu n’attend-il que cet abandon et une parfaite confiance en lui pour vous guérir; puisque malgré tous vos soins les remèdes n’ont pas l’effet qu’ils devraient avoir, qu’au contraire, le mal s’augmente, ce n’est plus tenter Dieu de s’abandonner entre ses mains et attendre tout de lui.

I already told you in my last message that sometimes he allows the body to suffer in order to heal the sickness of our souls; be courageous, make a virtue of necessity; ask God, not to be delivered from the pains of the body, but for the strength to suffer courageously for his love all that he wills and for as long as he pleases.

Je vous ai déjà dit dans ma dernière que quelquefois il permet que le corps souffre pour guérir la maladie de nos âmes ; soyez courageuse, faites de nécessité vertu; demandez à Dieu, non pas d’être délivrée des peines du corps, mais des forces pour souffrir courageusement pour son amour tout ce qu’il voudra et aussi longtemps qu’il lui plaira.

These prayers are indeed a little harsh on nature, but very pleasing to God and sweet to those who love Him; love softens sorrows, and when one loves God, one suffers for Him with joy and courage; do so, I beg you, find solace in Him who is the one and only remedy for all our ills, He is the Father of the afflicted, always ready to help us, He loves us infinitely more than we think. Love Him then, seek no other relief than in Him, I hope you will receive it soon; farewell, I will help you with my prayers, poor as they are, and will always be in Our Lord.

Ces prières sont à la vérité un peu dures à la nature, mais très agréables à Dieu et douces à ceux qui l’aiment; l’amour adoucit les peines, et lorsqu’on aime Dieu, on souffre pour lui avec joie et avec courage; faites-le, je vous en prie, consolez-vous avec celui qui est le seul et unique remède à tous nos maux, il est le père des affligés, toujours prêt à nous secourir, il nous aime infiniment plus que nous ne pensons. Aimez-le donc, ne cherchez plus d’autre soulagement qu’en lui, j’espère que vous le recevrez bientôt; adieu, je vous y aiderai par mes prières toutes pauvres qu’elles sont, et serai toujours en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

(And further down.) This morning, on Saint Thomas’ Day, I received communion for your intention.

(Et plus bas .) Ce matin, jour de Saint-Thomas, j’ai communié à votre intention.

   

 

 

 

 

FIFTEENTH LETTER
To The Same Dearest Mother N.

QUINZIÈME LETTRE
A la même
A la très chère mère
N

 

 

 

 

   

My dearest Mother,

Ma très chère Mère,

I give thanks to the Lord for having relieved you somewhat, according to your desire; I have often been ready to die, though I have never been so content, so I did not ask for relief, but I asked for strength to suffer courageously, humbly, and lovingly; take courage, my dearest Mother. Ah! How sweet it is to suffer with God! However great the sufferings, bear them with love; it is Paradise to suffer and to be with Him. Therefore, if we wish to enjoy the peace of Paradise in this life, we must accustom ourselves to a familiar, humble, and loving communion with Him; we must prevent our minds from straying from Him for any reason whatsoever; we must make our hearts a spiritual temple where we adore Him unceasingly; we must watch tirelessly over ourselves so as not to do, say, or think anything that might displease Him. When we are thus occupied with God, suffering will have nothing but sweetness, anointing, and consolation.

Je rends grâces au Seigneur de vous avoir un peu soulagée selon votre désir; j’ai été bien des fois prêt à expirer, quoique je n’eusse jamais été si content, aussi n’ai-je pas demandé de soulagement, mais j’ai demandé des forces pour souffrir courageusement, humblement et amoureusement; prenez courage, ma très chère Mère. Ah! qu’il est doux de souffrir avec Dieu! Quelque grandes que soient les souffrances, prenez-les avec amour, c’est un Paradis de souffrir et d’être avec lui ; aussi si nous voulons jouir dès cette vie de la paix du Paradis, il faut nous habituer à un entretien familier, humble et amoureux avec lui ; il faut empêcher que notre esprit ne s’en éloigne pour quelque oc-rasion que ce soit; il faut lui faire de notre coeur un temple spirituel où nous l’adorions sans cesse ; il faut veiller sans relâche sur nous-mêmes pour ne rien faire ni rien dire et ne rien penser qui lui puisse déplaire. Lorsque nous serons ainsi occupés de Dieu, les souffrances n’auront plus que des douceurs, des onctions et des consolations.

I know that reaching this state is very difficult from the beginning, that one must act purely in faith; we also know that we can do all things with the grace of the Lord, that He does not refuse it to those who earnestly ask Him for it. Knock at His door, persevere in knocking, and I assure you that He will open it to you in His time, if you do not give up, and that He will give you all at once what He has delayed for many years. Farewell, pray to Him for me as I do for you; I hope to see Him soon. I am entirely yours in Our Lord.

Je sais que pour arriver à cet état le commencement est fort difficile, qu’il faut agir purement en foi ; nous savons aussi que nous pouvons tout avec la grâce du Seigneur, qu’il ne la refuse pas à ceux qui la lui demandent avec instance. Frappez à sa porte, persévérez à frapper et je vous réponds qu’il vous ouvrira en son temps, si vous ne vous rebutez pas, et qu’il vous donnera tout d’un coup ce qu’il aura différé durant plusieurs années. Adieu, priez-le pour moi comme je le fais pour vous, j’espère de le voir bientôt. Je suis tout à vous en Notre-Seigneur.

January 22, 1691.

22 janvier 1691.

   

 

 

 

 

SIXTEENTH LETTER
To The Same

SEIZIÈME LETTRE
A la même

 

 

 

 

   

My dear Mother,

Ma bonne Mère,

God knows very well what we need, and everything he does is for our good; if we knew how much he loves us, we would always be ready to receive equally from his hand the sweet and the bitter, and even the most painful and hardest things would be sweet and pleasant to us; the most difficult pains usually only appear unbearable from the point of view we look at them, and when we are persuaded that it is the hand of God that acts upon us, that it is a loving Father who puts us in states of humiliation, pain, and suffering, all bitterness is removed and they have only sweetness.

Dieu sait très bien ce qu’il nous faut, et tout ce qu’il fait est pour notre bien ; si nous savions combien il nous aime, nous serions toujours prêts à recevoir également de sa main le doux et l’amer, et les choses même les plus pénibles et les plus dures nous seraient douces et agréables; les peines les plus difficiles ne paraissent ordinairement insupportables que par l’endroit que nous les regardons, et lorsque nous sommes persuadés que c’est la main de Dieu qui agit sur nous, que c’est un Père plein d’amour qui nous met dans les états d’humiliation, de douleur et de souffrance, toute l’amertume en est ôtée et elles n’ont que de la douceur.

Let us devote ourselves entirely to knowing God: the more we know him, the more we desire to know him; and as love is usually measured by knowledge, the more profound and extensive the knowledge, the greater the love will be, and if the love is great, we will love him equally in sorrows and consolations.

Occupons-nous entièrement à connaître Dieu : plus on le connaît, plus on désire de le connaître; et comme l’amour se mesure ordinairement par la connaissance, plus la connaissance aura de profondeur et d’étendue, plus l’amour sera grand, et si l’amour est grand, nous l’aimerons également dans les peines et les consolations.

Let us not dwell on seeking or loving God for the graces He has bestowed upon us, however lofty they may be, or for those He might bestow upon us; these favors, however great, will never draw us as close to Him as faith brings us through a simple act. Let us often seek Him through this virtue; He is in our midst, let us not seek Him elsewhere. Are we not uncivil, even guilty, to leave Him alone, preoccupied with a thousand trifles that displease Him and perhaps even offend Him? He tolerates them, yet it is to be feared that one day they will cost us dearly.

Ne nous arrêtons pas à chercher ou à aimer Dieu pour les grâces qu’il nous a faites, quelque élevées qu’elles puissent être, ou pour celles qu’il nous peut faire; ces faveurs, pour grandes qu’elles soient, ne nous approcheront jamais si près de lui que la foi nous en approche par un simple acte; cherchons-le souvent par cette vertu; il est au milieu de nous, ne le cherchons point ailleurs ; ne sommes-nous pas incivils, et même coupables, de le laisser seul, nous occupant de mille et mille bagatelles qui lui déplaisent et peut-être qui l’offensent. Il les souffre pourtant, mais il est bien à craindre qu’un jour elles ne nous coûtent beaucoup.

Let us begin to belong to him entirely, let us banish from our hearts and minds all that is not him; he wants to be alone, let us ask him for this grace; if we do what we can, we will soon see in ourselves the change we hope for; I cannot thank him enough for the little respite he has given you; I hope for his mercy the grace to see him in a few days; let us pray for one another.

Commençons d’être à lui tout de bon, bannissons de notre coeur et de notre esprit tout ce qui n’est point lui; il veut être seul, demandons-lui cette grâce; si nous faisons de notre part ce que nous pourrons, nous verrons bientôt en nous le changement que nous espérons; je ne peux assez le remercier du peu de relâche qu’il vous a donné; j’espère de sa miséricorde la grâce de le voir dans peu de jours ; prions les uns pour les autres.

I am in Our Lord,

Je suis en Notre-Seigneur,

Your, etc.

Votre, etc.

February 6, 1691.

6 février 1691.

   
   

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 


 

 


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